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    Tél : 03.87.03.70.32. Fax : 03.87.03.75.90 / courriel : mairie@abreschviller.fr .

Histoire du village

PIERRE-MARIE BOURNIQUE, PIONNIER DE L’AVIATION (1888-1911)

La famille Bournique était originaire du Sud-Ouest de la France et vint s’installer à Abreschviller, dans le Comté de Dabo, au début du XVII° siècle, attirée par les concessions forestières accordées par les Comtes afin de peupler et développer leur fief.

L’ancêtre commun à toutes les branches de la famille Bournique, Nicolas Bournique, naquit à Abreschviller en 1615 ; il fut le père de trois garçons, Claude, Nicolas et Jean, et décéda en 1665. Cette famille eut de très nombreuses branches qui se dispersèrent au cours des âges. Elle est encore présente à Abreschviller après plus de quatre siècles.

Après la Guerre Franco-prussienne de 1870, de nombreux membres de la famille optèrent pour la France et s’y installèrent.

Jean-Baptiste Bournique (1826-1900) avait acquis d’importantes forêts à l’occasion des opérations de “cantonnement des forêts” et était propriétaire de plusieurs scieries dans les Vallées d’Abreschviller et de Turquestein. Son fils Joseph (1861-1915) développa les activités forestières de cette famille qui opta également pour la France, mais renonça à cette option lorsque les Allemands imposèrent le départ des optants.

Joseph Bournique reprit, pour les développer, les activités forestières de son père (scieries et commerce de bois) et épousa Céline Laurent à Baccarat en 1884. Les jeunes époux s’installèrent à Abreschviller dans la maison que son grand-père avait fait construire en 1828 dans la Rue des Brasseries, au centre du village. C’est dans cette maison que naquirent les deux enfants du couple :

-Marie-Jeanne-Marthe-Andrée, née le 31 Mars 1886. Elle épousa, en 1906, un officier de carrière, Jean-Louis Karcher dont elle eut deux enfants : Anne, qui fut médecin-anesthésiste, et eut trois enfants de Maurice Maury, entrepreneur à Paris, et Henri Karcher, chirurgien, Compagnon de la Libération (il captura le Général von Choltitz à la Libération de Paris), et vice-président de l’Assemblée Nationale, qui eut un fils : Jean-Louis Karcher, cinéaste et artiste-peintre. Son mari ayant été tué en Août 1914, Andrée se remaria en 1920 avec un officier, Louis Béjard, qui prit sa retraite à Abreschviller comme Général de Division.

-PIERRE-MARIE-Joseph-Ernest le 4 Mars 1888.

Pierre fit ses études primaires à l’Ecole d’Abreschviller et garda pour son village natal une immense affection.

En Septembre 1898, ses parents l’envoyèrent à Strasbourg poursuivre ses études secondaires. Pierre était attiré par tous les arts et tous les sports. Il joua dans des pièces de théâtre montées dans son école ; il se rendait souvent à l’ opéra et il prit des leçons de dessin avec le peintre Gannier-Tanconville. Il se passionna pour le foot-ball, le tennis, la natation et le canotage qu’il pratiquait sur le Rhin, et le patin à glace, l’hiver, à l’Orangerie. En Mars 1905, avec l’ équipe strasbourgeoise dont il était le capitaine, il vint à Nancy affronter le “Stade Lorrain”. Ce match eut un immense retentissement dans la presse en Lorraine et un match “retour” fut prévu pour le Dimanche des Rameaux. Mais les autorités allemandes étaient très défavorables à de telles manifestations “transfrontalières” et Pierre ne reçut aucune aide de la ville de Strasbourg.

Pierre se déplaçait à bicyclette dans Strasbourg, et c’est au cours d’un de ces déplacements qu’ en Mars 1903, il fit une chute grave Avenue de la Forêt-Noire. Il en garda des maux de tête toute sa vie.

Joseph Bournique avait décidé que son fils Pierre lui succéderait dans ses affaires de commerce de bois et d’exploitation forestière. Conscient de l’évolution de la société et des techniques, il voulait pour son fils la formation théorique et pratique qui lui avait manqué. Il inscrivit Pierre à des cours de gestion forestière à Nancy . Pierre s’ y installa en Octobre 1905.

Il reprit le foot-ball au “Stade Lorrain” et s’esseya au rugby puis hésita entre le Ju Jitsu et la boxe française : il choisit finalement cette dernière dans laquelle il atteignit rapidement un bon niveau malgré plusieurs blessures. Il s’inscrivit aux cours que donnait le peintre-verrier Jacques Gruber qui l’initia à la peinture à l’huile. Le printemps venu, il enchaîna les compétitions de kayak : il représenta avec bonheur la ville de Nancy aux compétitions de Troyes, de Sedan, de Pont-à-Mousson...En Juin 1906, son père l’autorisa à accompagner son cousin Paul Aimé qui participait à une course automobile sur le circuit de la Sarthe.

A la mi-Juillet 1906, Pierrefut reçu à ses examens et rentra à Abreschviller où il passa l’été.

Joseph Bournique décida d’envoyer Pierre passer un an à l’Ecole Forestière d’Oxford pour apprendre l’anglais et suivre une formation en gestion forestière.

Pierre arriva à Oxford le 26 Octobre 1906 et fut logé dans un des plus prestigieux collège d’Oxford, le Magdalen College. Il prit rendez-vous avec le Directeur de l’Ecole Forestière, Monsieur Schlick, qui était allemand, ce qui lui facilita l’entrevue. Le programme de l’école était complet : sylviculture, gestion forestière et arpentage ; des travaux pratiques et des excursions étaient prévus. Pierre apprit alors que le plupart des étudiants se préparaient à une carrière aux Indes.

Il s’inscrivit aux clubs de foot-ball et de boxe universitaires. Ayant eu une controverse avec son professeur de boxe au sujet des mérites comparés de la boxe française et de la boxe anglaise, ils s’affrontèrent, chacun utilisant les techniques de sa spécialité : l’expérience se solda, pour Pierre, par une blessure qui ne fut que la première d’une longue série...Il s’inscrivit également à des cours de peinture au Musée. Toutes ces occupations étaient destinées à lui faire supporter l’ambiance d’Oxford, que Pierre trouvait vieillote, compassée et triste.

Il pensait n’être en Angleterre que pour un an afin de bien maîtriser l’anglais pour pouvoir suivre des cours aux Etats-Unis où se trouvaient les meilleures Ecoles Forestières du monde. Au printemps, pendant les vacances, il partit visiter la Cornouaille et les iles Scilly. A la Rentrée, il continua à suivre ses cours avec assiduité et avoua à son Père que ses études lui avaient donné “le goût de la forêt”.

Le 22 Juin, l’année se termina, et Pierre rentra à Abreschviller pour passer l’été.

A l’automne 1907, Pierre décida de partir au Canada pour se perfectionner dans les techniques d’exploitations forestières. Il obtint de Monsieur Schlick, le Directeur de l’Ecole Forestière d’Oxford, des lettres de recommandation pour un Conservateur des Forêts d’Ottawa.

Il arriva à Montréal le 28 Octobre 1907 après un voyage de onze jours sur une mer démontée. Il avait alors 19 ans. Il était bien décidé à s’installer à Ottawa, mais le Conservateur qu’il rencontra lui conseilla plutôt de se rendre à Vancouver, en Colombie Britannique, où le climat était moins rude et les industries du bois y étant à leur début, les opportunités y étaient certainement plus intéressantes.

Muni de lettres de recommandation, Pierre prit le train et arriva à Vancouver après un voyage de cinq jours. Il fit la connaissance d’un expert forestier, Monsieur Clarck, qui lui fit visiter des forêts “pluviales” et des scieries qui l’impressionnèrent fort : actionnées à la vapeur, ces scieries employaient des dizaines d’ouviers essentiellement chinois, japonais et hindous, et sciaient plusieurs centaines de mètres-cubes par jour !

Mais, le pays connaissait une forte récession économique et Pierre ne trouva qu’un emploi d’ouvrier avec un salaire très bas. Etant le seul européen employé à un si faible niveau, le Directeur de la scierie, qui n’avait jamais eu d’employés sortant d’Oxford (!), lui expliqua le système canadien des concessions forestières et lui proposa de s’associer avec lui. Pierre fut séduit, partit avec M. Clarck estimer des forêts et visiter des camps de bûcherons dans les montagnes. A son retour, il envisagea d’acquérir des forêts et esseya de convaincre son père, mais sans succès.

Fin mai 1908, Pierre rentra en Lorraine. Il prit sa place auprès de son père dans la gestion des forêts et sut se faire aimer du personnel qu’il eut à diriger. Mais, très vite, il s’ennuya et il fit de fréquents séjours à Nancy. Le 13 Septembre 1909, il écrivit à un ami : “ Je viens de passer quatre jours à Nancy, pendant lesquels j’ai eu la tête à l’envers ; j’ai assisté à des expériences d’aviation qui m’ont emballé tout-à-fait ; réellement, c’est merveilleux”. Cette passion devint dévorante et son père, espérant lui trouver un dérivatif, lui acheta une superbe voiture, mais sans succès. C’est au cours d’un voyage à Oxford où il était éllé retrouver des amis, qu’il se décida à sauter le pas.

Dans une lettre datée du 9 Juillet 1911, Joseph Bournique explique comment la vocation de pilote vint à un garçon qui semblait décidé à consacrer sa carrière à la forêt après avoir tant étudié et raconte la brêve et héroïque carrière de son fils unique : “ A son retour d’Amérique, ... Abreschviller était trop calme pour lui qui avait un caractère ardent...Il nous demanda d’aller en Angleterre ...Et alors, vint le commencement du malheur... Il assista à une conférence sur l’aviation qui était à son début et le préoccupait comme elle préoccupe aujourd’hui encore, tous les jeunes gens. Il se fit présenter au conférencier et trouva le moyen d’entrer à Paris chez le constructeur d’aéroplane Robert Esnault-Pelterie (marque REP)...Il adorait l’aviation. Inutile de dire que notre pauvre enfant avait trouvé le moyen de forcer peu à peu notre consentement. Il était donc pilote chez REP sous le nom de “Pierre MARIE”. Il mit au point l’appareil des REP et peu à peu, en deux ans, devint un virtuose de l’aviation, comme disaient les journaux...
Pendant deux ans, sa mère et moi avons tremblé tous les jours...il ne pouvait se décider à quitter l’aviation qui avait fait de lui un jeune homme connu à Paris, envié et choyé de tout le monde...
Enfin, il quitta REP pour entrer chez Deperdussin, et pendant deux mois, il n’est question, à Reims, que du fameux pilote Pierre MARIE dont l’habileté émerveille le public ; il était, suivant l’expression de plusieurs de ses amis, l’enfant chéri de la ville de Reims.
Vint le jour du malheur...Le 18 Mai 1911, à 11 heures et demie, il veut, avec son 100 HP aller à Mourmelon avec le lieutenant Dupuis ; il y avait assez de vent... Ils partent à 70 mètres de haut, l’appareil tombe on ne sait pourquoi, et prend feu. Le malheureux Dupuis est carbonisé. Notre pauvre petit est sorti de l’appareil grièvement blessé et les jambes brûlées...A 2 heures 45, il mourait à Reims à la clinique du Docteur Roussel...”

Pendant sa courte carrière de pilote, Pierre MARIE avait accompli de véritables exploits.

Il accomplit son premier grand vol chez Esnault-Pelterie, à Buc, le12 Juillet 1910 : il il évolua à 600 mètres d’altitude pendant 32 minutes. Il obtint son Brevet de Pilote le 19 Juillet suivant sous le N° 141.

“Le Journal” du 1° Janvier 1911 écrit : “C’est un nouveau venu, presque inconnu hier matin et qui n’avait à son actif que quelques vols, qui devait mettre à son actif la plus haute performance. M.Pierre MARIE qui monte un monoplan REP a battu hier le record des monoplans...il a couvert 530 km en 6 h. 29 m. 19 s. 1/5°. ...M. Pierre-Marie Bourniche (sic), qui vole sous le nom de Pierre MARIE, est un gentleman, ami de M. Robert Esnault-Pelterie, le constructeur du REP. Il est né à Aschweiller (sic), Alsace, le 4 Mai 1888, mais il est français. .. Le voilà grand ténor...”.
Pierre MARIE quitta Buc et REP en février 1911 pour rejoindre le constructeur Armand Deperdussin à Reims-Betheny. Le 13 Février 1911, Pierre MARIE, avec un monoplan Deperdussin muni d’un moteur Gnôme de 100 chevaux battit le record avec passager des 100 km en 1 h. 1 m. 32 sec.
Le journal “L’Auto” du 5 Mai 1911 rapporte : “ UN FILS QUI BAPTISE SA MÈRE” . Il s’agit du baptême de l’air donné par le sympathique pilote Pierre MARIE à sa mère qu’il emmenait, hier à bord de son monoplan Deperdussin à cent mètres de hauteur au dessus de Reims...Elle se déclara ravie de cette balade aérienne que l’adresse de son fils lui avait rendue tout-à-fait agréable.

Le lundi 14 Mai 1911, le journal “L’Eclair de l’Est” publiait un article sur Pierre MARIE : “...à Betheny, Pierre MARIE, qui a abandonné le REP pour un monoplan Deperdussin, a fait un vol tout-à-fait impressionnant. Rapidement emporté par son Gnôme à plus de 200 m. il fit à cette altitude des virages en épingles à cheveux qui donnèrent le frisson aux spectateurs et surtout aux pilotes présents...Pierre Marie est un véritable acrobate de l’aviation, mais, un peu plus de prudence, je vous en prie,cher camarade !”

Quatre jours plus tard, Pierre s’écrasait au sol. Il était inscrit à deux courses : Paris-Rome-Turin le 28 Mai suivant et le “Circuit international” organisé par un journal de Paris.

Il s’inscrivit à deux courses : Paris-Rome-Turin le 28 Mai suivant et le “Circuit international” organisé par un journal de Paris, mais, le 18 Mai 1911, il s’écrasait au sol. Son passager, le lieutenant Dupuis, fut tué sur le coup. Grièvement blessé et les jambes brûlées, Pierre MARIE s’éteignit à la clinique du Dr Roussel, à Reims. Ses parents firent ramener son corps à Abreschviller où il repose dans la chapelle funéraire qu’ils y firent construire. Il avait 23 ans.

Son ami, le lieutenant Jean Taboureau, Professeur-adjoint de morale professionnelle à l’Ecole Spéciale militaire de Saint-Cyr, porta sur Pierre MARIE le jugement suivant : “ Il portait en lui le besoin de se surpasser...Il me répétait sans cesse : “Je veux faire quelque chose...”.

En 1913, la municipalité d’Abreschviller voulut honnorer la mémoire du jeune héros de l’aviation en donnant son nom à la Rue des Brasseries. Le gouvernement allemand refusa d’approuver cette délibération, ne voulant pas laisser baptiser une rue du nom de l’aviateur lorrain parce qu’il avait été au service de la France. Joseph Bournique était maire d’Abreschviller depuis 1910, il donna sa démission. Ce ne fut qu’après la victoire de 1918 que la rue des Brasserie devint “RUE PIERRE MARIE”.

CARTE POSTALE D’AVIATION (document complet)
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BREVET DE PILOTE DE PM BOURNIQUE (document complet)
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