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Histoire du village

Les victimes de la germanisation

CHAPITRE 2
Les victimes de la germanisation

Comme tous les Lorrains, chacun à leur façon, les habitants d’Abreschviller refusèrent la germanisation imposée par les Nazis.

Ce refus n’était pas culturel : de nombreux lorrains, bien que francophones, parlaient l’allemand appris du temps de l’Annexion ; beaucoup aimaient la culture allemande, sa musique, sa littérature, sa conception de l’ordre et de la rigueur.

Ils étaient reconnaissant à l’Allemagne Impériale d’avoir été tolérante et de leur avoir conservé leur “droit local”. Grâce à celui-ci, la Lorraine avait connu une époque de paix intérieure alors que les Français se déchiraient dans des querelles antireligieuses consécutives à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Les Lorrains profitaient d’avantages sociaux inconnus en France “de l’Intérieur”.

La Lorraine avait été lorraine dans l’Empire Allemand.

Louis KUCHLY écrit (1) : “Soyons honnêtes ! Il est de bon ton de dire ... que les Lorrains attendaient avec impatience, depuis 1871, le retour de leur province dans le giron de la France. Ce n’est pas tout-à-fait exact. Le “Reichsland Elsass-Lothringen”, devenu terre d’Empire, faisait l’objet d’une bienveillance particulière et paternelle du Kaiser qui venait dès qu’il le pouvait, habiter le château d’Urville près d’Ars-Laquenexy, que la ville de Metz lui avait offert... La justice était débonnaire, à l’école on apprenait aux enfants, soit la langue allemande, soit la langue française, selon les désirs des parents ...”.

La Lorraine avait vécu dans une certaine autonomie, loin du centralisme français hérité des Jacobins de la Révolution. Cette autonomie avait pris fin en 1918.

Ce que voulaient imposer les Nazis n’était pas une germanisation mais une nazification des esprits. Or, les Lorrains refusaient cette idéologie anti-chrétienne basée sur l’exaltation de la force brutale et de la race, sur le mépris du faible, sur la hiérarchisation des humains.

En refusant la nazification, les Lorrains refusaient la barbarie totalitaire.

Les Nazis comprirent très vite qu’ils ne pourraient jamais rallier les Lorrains à leur cause. Ne connaissant que la force, ils l’utilisèrent sans restriction contre toutes les réticences.

a) Les expulsés de 1940

Dès Novembre 1940, les Allemands expulsèrent les Lorrains réputés inassimilables, c’est-à-dire résolument francophones. Ils ne gardèrent, sous surveillance, que les gens indispensables à la vie économique du pays, pensant les utiliser facilement à leur profit.

Les premiers expulsés partirent le 15 Août 1940. Il s’agissait de familles de certains fonctionnaires et de militaires. Ainsi, le Docteur Bénard et sa famille, les Demoiselles Deleau furent envoyés dans la Drôme, à Romans où les rejoignirent les expulsés du 13 Novembre 1940.

En principe, les Allemands n’expulsaient pas, même s’ils étaient francophone, les personnes qui travaillaient dans le bois ou dans les administrations telles que les Postes et les Chemins de Fer.

Dans ce second convoi, il y eut Max Demange, Maire d’Abreschviller, l’Abbé Varoqui, la Soeur Céleste, André Nopre, futur Maire d’Abreschviller, et sa soeur, les familles Fohrer, Delaval, Léon Maire, Denis Maire, Adrien Bournique, Fernand Nopre, Désiré Kermann, les Bonjean, les Demoiselles Verniory, François Bendel, ...

Irène Bournique, épouse Henry, avait sept ans lorsqu’elle arriva à Romans. De cette époque, elle garde quelques bons et de très nombreux mauvais souvenirs :

“Nous ne devions pas partir parce que mon père était facteur et parlait l’allemand. A la poste, on lui avait dit qu’il ne partirait pas car on avait besoin de lui. Ma mère avait défait les bagages qui étaient prêts. Nous avons été ajoutés sur la liste au dernier moment, pour quelle raison ?

Nous sommes partis le 13-11-1940 ; nous devions nous rendre sur la place de la mairie à 10 heures avec 30 kilos de bagages seulement. Un car nous a pris en charge jusqu’à Heming où nous sommes montés dans un train. Les expulsés d’autres villages nous ont rejoints ( Languimberg, Kerprich-aux-Bois, Diane-Capelle, Desseling, Hangviller ) Nous ne savions pas où on nous envoyait : France ou Allemagne ?

Nos parents ont poussé un soupir de soulagement quand nous sommes passés à Avricourt : nous allions donc en France.

Nous sommes restés deux jours dans ce train. Il s’est d’abord arrêté à Macon ou la Croix-Rouge a servi du lait aux enfants. A Lyon, le train est resté à l’arrêt toute la nuit ( c’était des vieux wagons en bois, je dormais dans les filets ). Nous avions froid. On réchauffait le biberon de Richard Nopre qui n’avait que 8 mois, avec des bougies.

Les wagons ont été dispersés dans différentes régions. Nous avons été dirigés vers Roman dans un camp de baraquements situé à Bourg de Péage.

Les habitants de chaque village étaient regroupés dans une seule baraque, avec un fourneau à bois à chaque extrémité. Les châlits en bois étaient séparés d’à peine un mètre. Les enfants dormaient au-dessus et nous nous amusions à courir d’un lit à l’autre.

Nous avions froid, l’hiver 40-41 a été très dure, il y avait beaucoup de neige.

Ma soeur Andrée, qui relevait d’une bronchopneumonie avant notre départ, dormait entre mes parents pour avoir plus chaud. Elle fut atteinte par la polio, peut-être à cause des conditions de vie et des privations, et cela l’a marquée physiquement et moralement pour toute sa vie.

Nous sommes restés tout l’hiver dans ce camp. Nous nous étions organisés.

Francois Fohrer avec d’autres se sont occupés de la cuisine. Il y avait une popote, mais c’était maigre : carottes, topinambours et rutabagas.

Un baraquement avait été transformé, moitié en école, moitié en chapelle. C’est là que j’ai fait ma première communion. Les cours étaient donnés par Soeur Céleste pour les petits, et Monsieur Noël et madame Denis Maire pour les plus grands, dans le collège attenant à notre camp où nous avions notre " école Lorraine ".

Ensuite tout le monde s’est organisé pour trouver un logement et du travail en ville : la poste pour mon père, le secrétariat de la mairie de Roman pour André Nopre.

Romans était encore la capitale de la chaussure, avec toutes ses usines réputées, ce qui a donné du travail à plusieurs expulsés.

Les patrons de ces usines avaient de grandes villas avec des jardins ; ils ont employé de nombreux lorrains. Fernand Nopre avait trouvé un emploi de jardinier et un logement dans la villa de la famille Argaud ( les chapeaux Mossand de l’époque ).

Au printemps 41, après avoir passé tout l’hiver dans le camp, nous avons été logés à Romans même, dans la caserne Bon qui est devenue aujourd’hui " Marque Avenue ". Ensuite nous avons trouvé un logement au bord de l’Isère, près de la collégiale Saint Bernard, où l’abbé Varoqui faisait fonction de vicaire : il logeait au presbytère voisin et prenait ses repas chez nous.

La Soeur Céleste a été relogée chez des soeurs, à Bourg de Péage, et continuait à enseigner aux petits de l’école maternelle.

Nous avions également notre chapelle à Bourg de Péage, où tous les expulsés se retrouvaient le dimanche à la messe dite par l’abbé Varoqui ou par l’Abbé Mazerand, curé de Languimberg, expulsé lui aussi avec ses ouailles.

Pour certains, les conditions de vie étaient difficiles. Les demoiselles Deleau et le docteur Benard étaient logés dans des pièces insalubres et non chauffées. Tous les jours, ils venaient chez ma mère chercher de la chaleur et remplir leur bouillotte d’eau chaude.

Le ravitaillement était rare ; nos parents ont eu faim ; ma soeur Paulette allait dans les fermes aux alentours pour y trouver un peu de nourriture au marché noir.

La présence toute proche du Vercors nous exposait souvent à des fusillades. La nuit, les maquisards descendaient en ville chercher des chaussures dans les usines.

Nous assistions aussi à des rafles dans la journée : les Allemands embarquaient des hommes jeunes ou vieux dans des camions pour les conduire à Lyon.

A Romans, il y avait des miliciens et beaucoup de dénonciations. Les allemands arrêtaient et torturaient tous ceux qu’ils soupçonnaient d’appartenir à la résistance.

Je me souviens aussi d’avoir vu des Mongols de l’Armée Vlassov monter vers le Vercors.

Nous sommes rentrés le 13 mai 1945.

André et Fernand Nopre avaient déjà fait un voyage pour préparer notre retour. Notre voyage s’est fait en train. Nous sommes arrivés le soir à Sarrebourg. Nous devions y passer la nuit dans le train car il n’y avait pas de locomotive pour nous amener à Abreschviller. André Nopre s’est démené, est allé trouver la présidente de la Croix Rouge pour avoir un repas chaud ( il y avait des vieillard et des enfants), mais il n’a rien obtenu.

André Nopre a réussi à trouver une locomotive et son équipage qui nous a amené chez nous à 3 heures du matin.

Les cloches de l’église nous ont accueillis en sonnant à toutes volée. Les familles, ainsi prévenues, nous attendaient sur le quai et un calé chaud nous fut servi à l’Hôtel des Cigognes.

Lorsque nous étions arrivés à Romans, la population se méfiait de nous, pensant que nous étions un rebut de la société. Par la suite, une chaine d’amitié s’est formée au point que plusieurs familles se sont installées définitivement à Romans, comme Monsieur Kermann qui y a repris son métier de tailleur. Les Bonjean sont également restés là-bas.

Plusieurs personnes sont mortes à Romans : mon Père, Adrien Bournique, Marin Nopre , Delaval père, Fohrer père, Maurice Demange.

Le retour a été très difficile pour beaucoup, certains retrouvant leur maison saccagée ; les mentalités avaient changé ; nous n’avions pas vécu la même guerre. Il y a eu des haines, des jalousies, des soupçons. La réintégration a été si difficile que nous avons souvent regretté d’être revenus.”

b) Les familles déportées à l’Est en 1943

Lorsque les Allemands se rendirent compte que leur politique d’assimilation était un échec, ils entreprirent de déraciner les familles les plus réfrataires en les noyant dans un milieu germanique, à l’Est du Reich, le plus loin possible de chez eux. Mais, dès 1943, les Nazis n’avaient plus les moyens de leur politique et ne purent disperser ces familles à travers le pays. Ils les gardèrent groupées dans des camps, ce qui empêchait toute germanisation, mais permettait de les utiliser comme une main - d’ oeuvre peu coûteuse.

Ces familles exilées souffrirent de leur déracinement, de conditions de vie très difficiles dans un milieu hostile, de la peur de se retrouver au milieu des combats qui se rapprochaient de jour en jour, de l’angoisse de ne jamais rentrer.

Beaucoup ne revirent pas la Lorraine. Et pour ceux qui eurent la chance de rentrer, le retour ne fut pas toujours la fête qu’ils avaient rêvée.

Marie-Rose BLETTNER, épouse ORGEL, raconte cette époque qu’elle a souvent évoquée avec sa mère. Elle avait 5 ans lorsque les Allemands expulsèrent sa famille.

“Notre père, François BLETTNER, était cultivateur. Mes parents ne connaissaient que le travail, et malgré cela, ils n’ont jamais eu beaucoup d’argent.

Je ne suis allé à l’école primaire d’Abreschviller qu’après la guerre, jusqu’au certificat d’étude. Très jeune, j’ai été amenée à aider mes parents à la ferme. On n’a jamais eu beaucoup d’argent, mais grâce à la culture, nous n’avons jamais manqué de rien.

Je ne me souviens pas de grand chose des débuts de la guerre parce que j’étais trop jeune. Je n’ai aucun souvenir des expulsions des gens du village. Je ne me souviens que des bombardements de Juin 1940 parce que je me souviens des caves où nous nous étions réfugiés ; un jour, nous nous sommes cachés dans les champs à la Languenotte.

Ma mère savait l’allemand, mais mon père ne le parlait pas vraiment. Ma mère n’aimait pas les Allemands et prenait des risques à le faire savoir. Elle était trop hardie. A la radio, mes parents écoutaient des postes français interdits. Le poste de radio, dont mon père était très fier, nous fut confisqué par les Allemands bien avant notre arrestation

Nous étions mal vus par certains habitants du village, et, quand il y avait des réunions, nous n’y étions pas invités. Ma mère craignait toujours d’être dénoncée.

A la ferme, nous avions des prisonniers serbes et polonais, qui travaillaient pour nous. Nous n’avions pas le droit de les laisser entrer dans la maison, ils devaient manger et dormir dans la grange. Mais, comme c’était de bons garçons, ma mère les faisait manger avec nous. Le gendarme Klein nous épiait pour voir si nous laissions les prisonniers entrer dans la maison.

Mes parents recevaient des lettres de dénonciation et ma mère avait peur pour nous. C’est à cause d’une dénonciation que nous avons été déportés.

Les parents d’une jeune fille du village avaient supplié mon père de l’embaucher à la ferme pour qu’elle ne soit pas réquisitionnée et envoyée loin de chez eux. Mon père avait accepté. C’était une très jolie fille, et elle avait beaucoup de succès auprès des hommes. Elle s’est laissée séduire par des officiers allemands et elle a probablement voulu se faire valoir à leurs yeux.

Comme elle travaillait pour mon père, il ne s’est pas méfié d’elle, et elle a su que mes parents écoutaient des radios interdites. Nous a-t-elle dénoncés volontairement ou a-t-elle seulement été indiscrète, on ne l’a pas su. En tout cas, la gestapo a été mise au courant de ce que faisaient mes parents. Après la guerre, cette jeune fille a été trainée au tribunal, mais par sa séduction, elle est arrivée à s’en sortir sans mal.

Le 18 Janvier 1943, à 3 heures du matin, la gestapo a fait irruption chez nous et a perquisitionné dans toute la maison.

Il y avait une ruelle derrière la maison, et ma mère a essayé de nous cacher chez la voisine pour que nous ne soyons pas emmenées avec eux. Les gestapos ont dit : “Vous partez, avec ou sans vos enfants !”. On était tous en pleurs mais nous sommes partis.

Ma mère ne voulait pas partir sans avoir vu sa mère qui habitait Hartzviller. On n’a pas eu le droit d’y aller et ma grand-mère, qui était venu à pied en courant depuis Hartzviller, a pu nous dire au revoir.

Les voisins se sont occupés des animaux que nous laissions, puis, plus tard, la ferme a été occupée par des ’siedler” (colons) roumains. Nos voisins, les Georges, ont été gentils avec nous : M. Georges nous a porté un colis pour le voyage.

On nous a fait monter dans un bus qui nous a amené à Sarrebourg, d’où partaient les convois. Nous savions comment ça se passerait, notre oncle Zwiebel nous l’avait raconté pour l’avoir vu.

On est monté dans un wagon de voyageurs. Ma mère nous avait sur ses genoux et pleurait. Une Allemande qui passait dans le wagon nous disait : “Ce qui vous arrive, vous l’avez mérité. Vous ne reverrez plus la Lorraine”.

Quand nous sommes arrivés à Lindenau, dans le Pays des Sudètes, à la frontière de la Tchécoslovaquie, nous avons été logés pendant un mois dans un hangar où on grelottait. Je me souviens qu’on a eu une soupe à l’arrivée.

Plus tard, on a été logés dans un camp où mon père travaillait à faire des parachutes avec les Muller, Jean et Jeannette, et les Viville. On est resté un an dans ce camp où il n’y avait que des Lorrains de Metz, de Sarreguemines, ...L’Abbé Meyer, de Walscheid, était avec nous. Il nous disait la messe. Un jour, les gestapos ont trouvé son cahier journalier. Ils l’ont emmené dans un camp de concentration où il est mort.

Monsieur Muller travaillait chez un menuisier. Ma mère travaillait à la cuisine du camp qui était une ancienne usine de chapeaux. Nous étions en très mauvaise santé : ma mère était malade, j’étais couverte de croutes et Béatrice avait de l’asthme ; et nous n’avions aucun médicament.

Madame Muller avait peur pour nous. Elle disait à mon père : “Ta femme et tes enfants ne rentreront pas !”. Monsieur Muller a tout fait pour que ma mère et nous, nous puissions habiter dans une petite chambre chez le menuisier. Elle pouvait alors s’occuper de nous et on avait à manger.

Au bout d’un an, en 1944, on est allés à Zwickau (Sud de la Saxe) et à Reischstadt, mais je ne sais plus dans quel ordre. Et je ne sais pas pourquoi on a changé de camp.

Il y avait des bombardements et on avait peur. Nos rapports avec les gens du pays étaient très mauvais. Ils ne voulaient pas nous laisser nous ravitailler. Mon père allait dans les fermes pour essayer de trouver à manger. S’il avait pu, il se serait sauvé, mais nous étions gardés par des soldats.

Les camps se ressemblaient tous : des grandes salles, on était 20 ou 30 par chambre. On était mal nourris. Nous, les enfants, nous n’allions pas à l’école.

On entendait les bombardements et les sirènes de Prague.

Ma mère s’est retrouvée enceinte et mon père a voulu qu’elle rentre en Lorraine avec les deux enfants. Il nous a mis dans le train, et on est rentrées. Mon père est resté au camp. Pendant le voyage, la gestapo ne nous a jamais demandé de papiers, ne se méfiant pas d’une femme enceinte avec deux enfants.

On est rentrées à Hatzviller où Yolande est née le 10 Juillet 1944. Yolande n’a pas pu être déclarée à la mairie, puisque nous ne devions pas être là. Elle a été déclarée plus tard. On est resté ensuite chez ma tante à Walscheid, puis on est retourné à Hartzviller chez ma grand-mère.

Après la naissance de Yolande, ma mère est rentrée à Abreschviller à pied. Les Roumains qui occupaient la ferme étaient partis en emmenant les chevaux pour tirer leurs charrettes.

Nos voisins, les Schaeffer, nous prévenaient s’il y avait du danger. On avait peu d’être dénoncés. Ma mère vivait un enfer : elle craignait les dénonciations et avait peur pour ses parents. Elle voulait s’occuper des bêtes, mais tout le monde lui disait de faire attention et de rester cachée.

Mon père est rentré fin 44. Au moment de la Libération, on était tous réunis. Je n’ai gardé aucun souvenir de la Libération ; j’avais de telles angoisses qu’il fallait souvent appeler le médecin.

Un jour, fin 44, on est allés à pied à Walscheid avec mon père et mes soeurs en passant par le “Chemin Rouge” à la Valette. Il y avait partout, sur les bords du chemin, dans la forêt, des véhicules et du matériel militaire abandonné. Un avion américain nous a survolés et a lâché deux bombes. On s’est couchés par terre, il y a eu de terribles explosions et on a été recouverts de terre. Pendant longtemps, quand j’entendais un avion, j’allais me cacher. J’ai encore aujourd’hui des cauchemars et j’entends des sirènes, la nuit.

Mes oncles étaient allés voir M. Paul VALTER parce qu’ils pensaient qu’il pourrait faire quelque chose pour nous faire revenir. Mais il ne pouvait rien pour nous. Il leur a seulement dit :” Rentrez chez vous avant qu’il vous arrive la même chose”.

Après la guerre, mes parents étaient tellement contents qu’on soit rentrés et qu’on se retrouve, qu’ils n’ont pas cherché à se venger de ceux qui nous avaient dénoncés. Mais il faut dire que, dans le village, tout le monde n’était pas content de nous revoir. Beaucoup de choses avaient disparu de chez nous, mais on n’a pas essayé de les récupérer.

Tout cela nous a durablement marqués. Et même si on a été un peu indemnisés pour ce qu’on avait perdu et subi, cela n’a pas tout réparé. »

(1) Louis Kuchly, président de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Lorraine, section de Sarrebourg, a publié un recueil de souvenirs et de réflexions fondamental pour qui veut comprendre cette époque vue de Lorraine, sous le titre : “Pierre Dupuy, cet inconnu”-SHAL-2001.

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