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Histoire du village

42- LES PASSEURS (1940-1944)

CHAP 3-LES PASSEURS

Dès le mois de Juin 1940, de nombreux prisonniers français et Alliés (belges, polonais, anglais,...) retenus dans les “Frontstalag”, et en particulier à Sarrebourg, s’évadèrent, n’ayant aucune confiance dans les promesses des nazis.

Alice Delanzy, épouse Weiss (1) se souvient : “ J’avais 19 ans quand les Allemands sont arrivés à Abreschviller ... En 1940, il y avait des milliers de prisonniers à Sarrebourg. Les habitants leur donnaient à manger au travers les barbelés. Alors nous, les jeunes d’Abreschviller, on y allait aussi : on remplissait nos sacoches de pain, et de nourriture. Quand il y en a qui se sont évadés, c’est la famille Scius de Sarrebourg qui les a pris en charge. Ils les emmenaient au café Clipffel à Barville, et de là, ils allaient vers Lafrimbolle et Cirey-sur-Vezouze. Petit-à-petit, il en arrivait de partout à Abreschviller. Il fallait bien les aider avant qu’ils soient repris ...”

Comment et pourquoi des gens de tous les âges, de toutes origines sociales, professionnelles, religieuses, culturelles, ont-ils participé au risque de leur vie et de celle de leurs familles à ce grand élan de générosité envers des évadés qu’ils ne connaissaient pas et dont ils ignoraient souvent les motivations.

L’aide des Passeurs Lorrains était gratuite, et, à une époque où on manquait de tout, ils fournissaient nourriture et vêtements, voire de l’argent, à ceux qu’ils aidaient.

Les risques courus par les Passeurs étaient étendus à leurs familles, l’évadé repris était envoyé dans un camp disciplinaire mais sa famille ne risquait rien.

Une fois arrivé à bon port, l’évadé était souvent en sécurité, le Passeur restait à la merci de l’indiscrétion de ceux qu’il avait sauvés.

L’abnégation des Passeurs et de leurs familles est sans équivalent dans l’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale. Leur modestie également.

Leur Histoire ne peut se construire que grâce à quelques éléments :

-les condamnations qu’ils ont subies : dans ce cas, ils minimisaient leurs actions dans leurs aveux ;

-les souvenirs personnels ;

-les rares témoignages des évadés, mais ceux-ci ne connaissaient généralement pas leurs Passeurs pour des raisons de sécurité.

Ceci s’explique :

-les Lorrains sont humiliés par la défaite ;

-ils croient en la victoire et veulent y participer ;

-ils détestent le nazisme

-Abreschviller est un village très francophile ;

-sa situation géographique est favorable à ces actions :

-de vastes forêts permettaient aux fugitifs de voyager à couvert ;
-une ligne de chemin de fer reliant Abreschviller à Sarrebourg ; or la ligne Paris-Strasbourg, très empruntée par les évadés aidés par les agents de la SNCF, était sévèrement contrôlée à la frontière française, à Avricourt. Les évadés quittaient le train avant la frontière et cherchaient d’autres voies de passage. Il s’en offrait deux à eux :

-à partir de Sarrebourg ou d’Abreschviller, le passage de la frontière à Lafrimbolle, puis le train depuis Cirey-sur-Vezouze (Meurthe et Moselle) vers Lunéville et Nancy ; à Cirey, toute une organisation les attendait, impliquant de nombreuses personnes dont les gendarmes français eux-mêmes. Cette route était suivie plutôt par des isolés ou des petits groupes.

-à partir d’Abreschviller, les évadés pouvaient suivre les chemins suivis par la filière d’évasion du Rehtal, guidés par Lucien Fischer (du Rehtal), Léon Ramm (de Saint-Léon), Emile Erb ( de Harreberg), tous les passeurs de Walscheid, et d’autres villages. Ce chemin menait à travers la forêt à Raon-sur-Plaine par la Vallée de la Sarre Rouge, la Marcarerie et la Vallée de Turquestein. Menés à Raon-l’Etape par la famille Mathieu, les évadés prenaient le train de Lunéville, Puis Nancy. Ce chemin convenait bien aux groupes importants : Lucien fischer avoue avoir conduit 82 évadés en une semaine !

A Nancy, ils étaient aidés par une organisation comptant de nombreux policiers, comme Edouard Vigneron, M. Robert et des fonctionnaires de la Préfecture.

Il est impossible de faire le compte des personnes qui se sont engagées dans ces actions à Abreschviller tant elles sont nombreuses.

A Sarrebourg, le personnel soignant de l’Hôpital Complémentaire Dessirier, le Dr Muller et les infirmières (Mlles Sinteff, Scius, Mouraux, Heckmann, Singerlé, Kieffer, Scheidecker, Michel, Tabaty, et des religieuses de Saint-Jean-de-Bassel ) apportaient de l’aide aux candidats à l’évasion.

C’est par relation familiale, amicale et professionnelle que se mit en place la première filière sous le nom de : “ DIEU-FAMILLE-PATRIE”.

Des familles entières participaient à ces activités : beaucoup sont restées anonymes. Les évadés étaient acueillis, nourris, habillés et convoyés jusqu’à la frontière.

Certaines maisons étaient connues de tous : la Pharmacie Scius, les salles d’attente des Docteurs Muller et Hansch, et bien d’autres. L’atelier de M. Schindelé fournissait des vêtements et le studio Gaertner les photos. Tout cela était très improvisé et, devant le nombre croissant d’évadés, une organisation se mit en place à Sarrebourg.

Alice DELANZY, épouse WEISS (1) : “ Quelquefois, les évadés avaient des vêtements civils, quelquefois des tenues de prisonniers et il fallait les habiller. Alors, au début, on trouvait des vêtements, mais ça devenait de plus en plus difficile. On n’avait pas autant de vêtements qu’aujourd’hui. Je ne sais pas qui étaient ces évadés ni s’il y avait des civils parmi eux. Ce sont parfois des gens que nous avions fait passer qui ont ensuite dénoncé des passeurs.

Avec des amies, surtout avec Jeannette Muller, nous nous promenions dans le village, et quand on voyait des évadés, on leur faisait signe et on les guidait vers de gens qui les accueillaient.

En général, le samedi soir, il y avait répétition de la chorale à l’église, entre 8 et 11 heures du soir. C’était tard pour une chorale d’église, mais je crois que le curé, (le Père Pacifique, avant l’abbé Varoqui) avait compris ce que nous faisions et faisait durer la répétition après notre départ, à Jeannette et à moi. Vers 10 h., nous sortions et parcourions le village pour guider les évadés. Quand il faisait jour, ils se cachaient et nous les faisions sortir de leurs cachettes en sifflant, surtout Jeannette, elle sifflait très bien.

On les menait dans des maisons amies, un peu excentrées du village. André Henry et son épouse en ont hébergé beaucoup. Mon père se demandait toujours où André pouvait les loger.

On les menait parfois chez Charles Noël, le marchand de chaussures en face de la pharmacie. Il faisait aussi des faux papiers grâce à sa soeur qui avait des tampons officiels parce qu’elle travaillait à la poste. Certains faux papiers venaient de Cirey.

On les amenait aussi parfois chez Fischer, rue du Moulin, près du passage à niveau du petit train. Ou chez Humbert, à l’Hôtel de la Roche du Diable, ou chez le Taxi Welsch (le “Nonnon Cigare”). Georges Gasser en recueillait aussi, et sa soeur, Madame Mayeur, fournissait des vêtements. Parce que, sans vêtements civils, ils se faisaient reprendre.

Les évadés marchaient la nuit un peu au hasard. Ceux qui arrivaient à Abreschviller venaient généralement de Voyer, de Hartzviller ou de Walscheid. Mais je ne sais pas par où ils étaient passés avant.

Certains ont été repris entre Eigenthal et le Sanatorium. Il y a eu des dénonciations. Mon père avait des soupçons, mais il n’a jamais voulu dire de qui il s’agissait. Il disait : “ Si je dis de qui il s’agit, je ne pourrai jamais plus le saluer “. Il savait beaucoup de choses, mais il ne disait rien.

Mon père était furieux parce que je guidais les évadés. Il avait peur que je sois prise. Mais on était inconscients, comme si c’était un jeu.

Mais il y avait aussi des évadés qu’on avait passés et qui dénonçaient les passeurs. Madame Lucie Haumont, de Niderhof, qui a été la bonne du curé de Niderhof, pourait vous raconter qu’il y a des évadés passés par Bertrambbois et Lafrimbolle qui ont dénoncé leur passeur.

Après Abreschviller, on les menait à Saint-Quirin ou Niderhof, puis à Lafrimbolle où il y avait la frontière. Ils passaient par la forêt et arrivaient en France, à Cirey.

On ne faisait pas que guider les évadés vers les maisons amies où ils étaient regroupés, on portait aussi des lettres que les gens nous confiaient et on les mettait à la poste à Cirey pour éviter la censure : les Allemands ouvraient les lettres qui allaient en France.”

En Juillet 1941, il y eut une vague d’arrestations, suite à la dénonciation d’un membre des Jeunesses Hitlériennes : 31 personnes de Sarrebourg et de sa région, dont 12 personnes de Barville (la famille Clipffel, E. Barthélémy, J. Colvis, P. Kopp, Mme Docremont, J. Halbeher, P. Reeb, Lucie Muller,A Rémy) , 3 de Walscheid-Troisfontaines (A.Schiby, A. Collin et le Dr Meyer) et deux d’Abreschviller (Pierre Duchâteau et André Henry). Les autres accusés étaient de Sarreguemines, de Sarrebourg et de Nitting.

Il y avait trois chefs d’accusation :

-aide aux évadés ;

- passage illégal de la frontière ;

-écoute de postes émetteurs étrangers.

La culpabilité ne reposait que sur des aveux. Devant le tribunal, les accusés revenaient sur leurs aveux ou les minimisaient.

Le verdict fut rendu le 19 septembre et comportait 62 pages. Certains attendus sont pour le moins étonnants : “ Le Tribunal a pris en considération le fait que les prisonniers français ... ne sont pas pour le lorrain l’ennemi d’hier, mais le camarade ... avec lequel ... on marchait côte à côte...”.

Malgré cela, le verdict fut sévère. Ne furent acquittés que ceux contre lesquels il n’y avait aucune preuve. La majorité des condamnés bénéficièrent de remises de peine.

Le 23 Avril 1941, le Gauleiter Bürckel décida que tous les lorrains garçons et filles devaient être incoprporés au service du travail obligatoire du Reich : le “Reichsarbeitsdienst”. En Octobre et Novembre 1941, les garçons de la Classe 22 et les filles nées en 1923 partirent pour la RAD pour 6 mois. Certains refusèrent : ils furent les premiers réfractaires. Le 19 Août 1942, une ordonnance de Bürckel introduisit en Lorraine annexée le service obligatoire dans la Wehrmacht.

Au moment où les prisonniers évadés se faisaient un peu moins nombreux, se furent les réfractaires au service dans la Wehrmacht et au RAD qui se présentaient, et avec eux, de nouveaux dangers.

Les prisonniers évadés ne connaissaient pas leurs Passeurs. Ce n’était pas le cas des “Insoumis” qui s’adressaient à des personnes qu’ils connaissaient. En cas d’arrestation, ils pouvaient parler sous la torture alors que les prisonniers ne pouvaient dénoncer personne.

A Abreschviller, comme partout le long de la frontière, les Passeurs continuèrent leur oeuvre.

Qui étaient-ils ?

Sans risquer de se tromper, on peut dire qu’une grande partie de la population d’Abreschviller a participé à ce grand mouvement de solidarté. Les personnes qui travaillaient en forêt ou dans les scieries étaient en première ligne : des bucherons comme Joseph Reiser, de la Wassersouppe, des gens des Eaux et Forêts comme Eugène Debes, des marchands de bois comme Gustave Jung, ou des courtiers comme Pierre Courtois. Toutes les personnes qui étaient amenées à approcher et à passer la frontière pour quelque raison que se soit étaient fatalement sollicitées par des fuyards.

Pierre Lutz raconte (2) : En 1943, ayant reçu ma feuille de route pour la marine allemande, j’ai décidé de partir... Paul Foerster m’avait fait une fausse carte d’identité. Je ne sais pas où il trouvait les formulaires, mais il les authentifiait avec un vieux tampon avec une Marianne. Il indiquait toujours comme lieux de naissance Alger où Toul dont les régistres d’Etat Civil avaient brûlés. Sur cette carte qui n’était pas mal faite, je m’appelais Pierre Lemaire.

J’ai demandé à Pierre Courtois de me faire passer la frontière.

Pierre Courtois vendait des matériaux et passait souvent la frontière où il connaissait tout le monde. C’était un homme bon, généreux et serviable.

Il m’a donc fait passer la frontière dans le coffre de sa “traction”. Puis, il m’a emmené à la gare de Lunéville, où j’ai pris le train pour Nancy.”

Les témoignages d’évadés sont rares. Dans son “Journal d’évasion”, (3) le pilote britannique Fred Greenwell, dont le Lancaster DX1 fut abattu le 24 Février 1944 dans la région de Hultehouse, raconte qu’après un séjour de deux semaines caché par une famille de Garrebourg, il entreprit de rejoindre la France. “Après quelques heures de marche, j’atteignis le village d’Abreschviller. Je frappai à la porte d’une petite maison, et un couple d’un certain âge me fit signe d’entrer... Nous nous installâme autour d’une bonne table...Le jeune homme voulait m’escorter au-delà des Vosges, jusqu’en France...Après quelques heures de marche, nous arrivâmes enfin à une sorte de casemate...J’arrivai à Raon-sur-Plaine...” . Puis, il prit le train pour Nancy et, après quatre mois de voyage, arriva en Angleterre le 24 Juin 1944 après être passé par Gibraltar.

Peut-on évaluer l’impact de ces actions sur l’évolution de la guerre ? Combien les Passeurs ont-ils fourni de soldats à la France Libre ?

Le 22 Juillet 1944, le Président du tribunal de Strasbourg qui condamna le jeune Lucien Fischer, du Rehtal, à la peine de mort, lui rendit involontairement un magnifique hommage en déclarant : “ C’est un régiment entier qu’il a donné aux ennemis du Reich !”.(4)

Les Passeurs furent les premiers Résistants, les plus constants et les plus désintéressés.

BIBLIOGRAPHIE

-JOSEPH DILLENSCHNEIDER : “Les Passeurs lorrains”-Ed. Pierron-1982.

-F. Petitdemange et J.-F. Genet :”Les Passeurs”-Ed. de l’Est-2003

-Francis Petitdemange :”Les Passeurs mosellan”-Centre Régional Universitaire Lorrain d’Histoire-Site de Metz-N°29-Metz-2006-Pages 91-100.

-Emile ERB :”Le réseau d’évasion du Rehtal”. Récit ronéoté-1978.

-Eric Le Normand :”Les Passeurs et les filières d’évasion en Alsace-Moselle durant la Seconde Guerre Mondiale” Mémoire de Master II-Université Marc Bloch-Strasbourg-Année 2007/2008.

-Michel Henry : “La filière d’évasion du Rehtal-Témoignage de M. Lucien Fischer”-Revue Lorraine Populaire- N°207-Mars/Avril 2009-Pages 64-68.

NOTES

(1) Témoignage recueilli le 12 Février 2008

(2) Témoignage recueill le 31 Juillet 2008

(3) “Journal d’évasion de Fred Greenwell-24/2/1944-24/6/1944”-Edition et traduction par Andrée Traxel-1996-Ouvrage déposé aus Archives départementales de la Moselle, bibliothèque historique-cte PL 996.

(4) Témoignage recueilli le 21 Juillet 2008

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