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Histoire du village

LES DÉPORTÉS-RÉSISTANTS

CHAPITRE 5
LES DÉPORTÉS-RÉSISTANTS

Le Monument aux Morts d’Abreschviller porte quatre noms de Déportés :

-Georgette CAYET, née le 9 Octobre 1906 à Abreschviller. Résistante arrêtée à Paris, elle fut déportée à Ravensbruck où elle décéda le 5 Avril 1945.

-Joseph ROLLING, assassiné dans un camp de concentration.

-Marcel SOUCHON, né le 25 Mars 1908 à Sarrebourg, décédé le 5 Avril 1945 probablement à Bergen-Belsen.

-André HENRY, né le 27 Août 1905 à Vasperviller, décédé en Février 1945 à Bergen-Belsen.

Seule, une longue enquête permet de reconstituer en partie l’histoire de ces victimes du nazisme.

De patientes recherches commencées en 1945 et non encore abouties, nous ont permis de reconstituer l’itinéraire de l’un d’entre eux.

Dès l’arrivée des Allemands à Abreschviller en 1940, André Henry manifesta sans retenue son hostilité au nazisme. Pierre Lutz écrit (1) : “Désireux d’entretenir un esprit de Résistance comme le voulait le Général de Gaulle par l’entremise de la Radio de Londres, André Henry réunissait les jeunes patriotes du pays chez lui ( la “Jeune France”, comme il disait) pour discuter et prendre des résolutions quant à la propagande nazie qui tentait de nous envahir. Son attitude courageuse et audacieuse lui a malheureusement coûté la vie avant l’heure”.

Dans une lettre à une amie (2), son épouse écrit en Janvier 1941 : “ Mon mari avait signé pour aller en France, mais le contre-ordre est venu ... tous doivent rester ici pour travailler le bois... Nos colis étaient prêts et sont restés emballés. Nous n’avons aucune confiance.”

1)-L’ARRESTATION DU 14 JUILLET 1941

Travaillant avec son père à la scierie familiale, André Henry connaissait bien la forêt et ceux qui y travaillaient. Comme beaucoup d’habitants d’Abreschviller, il participa à une filière d’évasion pour les prisonniers de guerre auquels il faisait passer la frontière à Lafrimbolle.

Le 14 Juillet 1941, à 5 heures du matin, la gestapo fit irruption chez lui pour perquisitionner et l’arrêter. Il rejoignit à la prison de Sarreguemines un autre habitant d’Abreschviller, Pierre Duchâteau. Ce furent 31 personnes de Sarrebourg et de sa région qui furent arrêtées entre le 7 Juillet et le 7 Août 1941. Le Tribunal de Metz les jugea du 17 au 19 Septembre 1941. Les peines furent lourdes. André Henry fut condamné à un an de prison, mais, ayant déjà fait deux mois de détention provisoire, il fut remis en liberté conditionnelle sous caution.

Bien que de famille francophone, il avait appris l’allemand à Niderviller, chez ses grands-parents Bichet, et le parlait parfaitement. Il aimait beaucoup la littérature et la musique allemande. Pendant la guerre, il entretint des relations amicales mais prudentes, avec des Allemands anti-nazis, en particulier l’administrateur allemand de la scierie Gasser de Vasperviller, et le Forstmeister Entzminger, Garde Général des Forêts qui tenta de le sauver en 1944.

Dès sa libération, il reprit ses activités de Passeur. En eut-il d’autres ? On a parlé de ravitaillement du Maquis de la Chapelotte et de réfractaires, conjointement avec Marcel Souchon, et d’autres activités encore plus secrètes : aucune trace ni aucune preuve n’en est connue à ce jour.

2)-L’ARRESTATION DU 19 AOÛT 1944

Depuis plusieurs jours, André Henry se sentait surveillé et pensait avoir été dénoncé. Son ami Marcel Jacquet, qui travaillait avec lui à sa scierie et qui passait aussi des évadés avait été arrêté par la gestapo le 14 Août.

“Le Samedi 19 Août 1944, raconte Madame Klipfel (3), mon Père portait des lettres à l’Inspection Forestière, et il a entendu le nom d’André Henry. Il voulait le prévenir, mais quand il est arrivé chez lui, il était déjà parti”.

En effet, les agents de la gestapo étaient arrivés en début de matinée à la Maison Forestière Piet, au bureu du Forstmeister Entzminger, et lui avaient ordonné de convoquer d’urgence André Henry sous prétexte d’un problème forestier à régler. Le Forstmeister avait appris que les gestapos voulaient aussi arrêter Marcel Souchon, épicier à Abreschviller, soupçonné de ravitailler le Maquis.

Prétextant un problème à régler à la scierie de la Forge dont il avait la charge, le Forstmeister Entzminger se précipita à l’Hôtel des Cigognes et demanda au propriétaire Victor Marx de prévenir Marcel Souchon. Ce qu’il fit, mais Marcel Souchon refusa de se cacher et se laissa arrêter, connaissant les menaces qui pesaient sur sa famille.

De la scierie de la Forge, M. Entzminger envoya Gaby Burger intercepter André Henry sur la route et monta lui-même à pied en traversant les scieries pour annoncer la perquisition de la gestapo. Malheureusement, il était déjà aux mains de la gestapo et en route pour Metz. La perquisition ne donna rien.

3)-LE CAMP DE WOIPPY (22 AOÛT- 31 AOÛT 1944)

André Henry retrouva Marcel Jacquet et Marcel Souchon au camp de Woippy. Arrivé enchaîné et les yeux bandés, il passa sa première nuit en cellule après avoir été molesté par le chef de camp, l’Oberstrurmführer SS Fritz Kirchdorfer (4). Le camp se trouvait à côté de l’usine Hobus Werke qui fabriquait des pièces pour l’aviation, près de la route de Thionville.

Le lendemain, 23 Août, André Henry et Marcel Lorentz, autre prisonnier venant du Struthof, furent emmenés, enchaînés et les yeux bandés, à la gestapo de Metz. Ramenés le soir même, ils restèrent à Woippy jusqu’au 27 Août.

L’arrestation d’André Henry eut un retentissemnet considérable à Abreschviller. “C’était un homme très gai, joyeux, et qui parlait à tout le monde, ajoute Alice Delanzy (5). Mon Père disait qu’il en faisait trop, mais il était prudent et ne mettait personne en danger. D’ailleurs, après son arrestation, personne n’a été arrêté. Donc, il n’avait pas parlé ... Mais il était peut-être trop actif et avait fini par attirer l’attention sur lui ...”.

4)-L’ÉVASION DE MARCEL JACQUET (6)

Le 27 Août, les prisonniers destinés à la déportation en Allemagne furent rassemblés en colonne et dirigés vers la gare de Woippy. On les fit monter dans des wagons à bestiaux, mais il n’y avait pas assez de place : les portes se refermèrent sur Marcel Souchon et André Henry, Marcel Jacquet resta sur le quai et fut ramené à Woippy à l’usine Hobus avec d’autres prisonniers, puis au camp.

Dans la nuit du 31 Août au 1° Septembre, pris de panique, craignant l’arrivée des Américains, les Allemands s’enfuirent, ne laissant que des chiens pour garder les prisonniers. Un courageux habitant de Woippy, Pierre Kopp, libéra les prisonniers. Marcel Jacquet se réfugia chez un menuisier de Vallières qu’il connaissait et qui le cacha dans le clocher de l’église, puis chez Madame Grégoire, épicière à Vallières.

Il fit passer une lettre à sa femme qui vint le chercher et il resta caché à Eigenthal jusqu’à la Libération. Pour plus de sécurité au cas où il serait repris, Félix Henry lui avait établi un certificat contre-signé par le Forstmeister Entzminger expliquant son rôle déterminant dans la bonne marche de la scierie.

5)-DE WOIPPY À BERGEN-BELSEN (27 AOÛT 1944- FÉVRIER 1945).

Le 27 Août, le train déposa les déportés au camp de Neuenbremme à côté de Sarrebruck.

Dans sa lettre du 23 Octobre 1983, Marcel Lorentz raconte leur déportation à Oranienbourg-Sachsenhausen : “ C’est dans le train que je me suis lié d’amitié avec André Henry. Nous étions trois à avoir des menottes : lui, Paul Altmeyer et moi. Nous sommes restés quatre à cinq jours au camp de Neuenbremme. Ensuite, nous avons été emmenés à Sarrebruck où, avant de nous embarquer, on nous a fait faire le tour de la ville où les habitants nous insultaient en criant : “A mort les terroristes !”.

A la gare de Sarrebruck, nous avons été parqués dans des wagons à bestiaux... Parmi nous se trouvait un Pompier de Paris qui, avec un clou arraché à la paroi, put ouvrir les cadenas qui reliaient nos chaines.” Les SS s’en apperçurent et menacèrent de nous fusiller.

Ils arrivèrent à Sachsenhausen vers le 7 Septembre 1944.

Rasés, habillés et immatriculés au Bloc 47, ils furent affectés au Kommando Speer, le plus pénible du camp, situé à six kilomètres du camp, où ils travaillaient sur des métaux de récupération. Les conditions de vie étaient atroces.

André Henry tomba malade au cours de l’hiver et se retrouva dans une sorte d’infirmerie, le Bloc Schönung où il fit la connaissance de Raymond Valenet (7).

Vers le 15 Février 1945, Raymond Valenet fut envoyé à Bergen-Belsen : André Henry se porta volontaire pour le suivre, ignorant que Bergen-Belsen était un mouroir. Dans une lettre écrite après la guerre, Raymond Valenet affirma que André Henry et Marcel Souchon étaient à Bergen-Belsen en bonne santé fin Février 1945. Raymond Valenet eut la vie sauve en allant travailler à Hambourg, ce que refusèrent ses camarades.

6)-LES RECHERCHES

Rapatrié le 28 Mai 1945, Raymond Valenet, croyant André Henry rentré de Bergen-Belsen, lui écrivit : “ J’espère que, comme moi, tu as rejoins les tiens et que tu connais maintenant ton dernier né (8) ...” C’est par cette lettre que sa famille apprit qu’il avait été interné à Bergen-Belsen. Malgré toutes les recherches, aucune certitude ne fut jamais établie quant au sort de ces Déportés. Les enquêtes à Bergen-Belsen en 1954, les recherches de témoins depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui n’ont pas donné de réponse définitive.

En été 1954, Félix Henry, malgré ses quatre-vingts ans, fit un voyage à Bergen-Belsen pour retrouver des traces de son fils. Il en revint déçu et indigné par l’état d’abandon dans lequel il avait trouvé le camp. Il écrivit au Président de la Ligue des droits de l’Homme qui intervint avec succès auprès du Gouvernement Allemand.

Au Mémorial de Bergen-Belsen, un régistre de 50.000 noms ne porte les noms ni de Marcel Souchon, ni d’André Henry. Mais les recherches se poursuivent.

Dira-t-on le chagrin des parents, l’angoisse des épouses, l’espoir sans cesse déçu des enfants de ces victimes de la barbarie nazie ?

NOTES

(1) Témoignage du 14 Août 2008.

(2) En Janvier 2007, treize lettres écrites entre le 17 Octobre 1939 et le 5 Janvier 1947 par son épouse ont été rendues à la famille par le mari de cette amie qui venait de décéder.

(3) Témoignage du 7 Avril 2008

(4) Fritz Kirchdorfer fut condamné en 1948 à Metz à 20 ans de travaux forcés pour les assassinats de deux prisonniers russes. Il est soupçonné d’avoir fait assassiner environ 150 prisonniers russes dont les ossements ont été retrouvés en 1963 lors de la construction de l’autoroute Metz-Thionville.

(5) Témoignage recueilli le 12 Février 2008.

(6) Episode rapporté par son fils Marin Jacquet le 28 Mars 2008.

(7) Résistant, déporté, Raymond Valenet revint de Belsen, devint directeur d’usine après la guerre, puis, après le retour du Général de Gaulle aux affaires, député et maire de Gagny.

(8) Le cinquième enfant d’ André Henry, une petite fille, naquit trois semaines après son arrestation.

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