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Histoire du village

UN SIÈCLE DE BOULEVERSEMENTS

ABRESCHVILLER AU DÉBUT DU XIX° SIÈCLE

Les “Statistiques administratives et historiques du Département de la Meurthe” (1) de 1822 évaluent la population d’Abreschviller à 1.800 habitants, “300 feux et 300 habitations”. L’auteur y recense les principales activités : “verrerie, papeterie, martinet converti en forges, scieries, brasserie, moulin à grains, mécanique pour polir les glaces “.

En 1817, il y avait 10 scieries affectataires (2) à Abreschviller. Les forêts du Comté ayant été intégrées au domaine de l’Etat, divers règlements forestiers laissaient prévoir que les droits des scieries étaient appelés à disparaître.

Pour faire face aux menaces qui pesaient sur leurs droits forestiers, les propriétaires des scieries affectataires entreprirent de s’organiser, et signèrent un accord entre eux le 8 Février 1817, déclarant “constituer par ces présentes, leur Procureur général et spécial le sieur Jean-Pierre Bournique (fils de Joseph), cultivateur à Abreschviller, aussi co-propriétaire des dites scieries” (3). L’acte était contresigné par dix-neuf propriétaires, membres des familles Jordy, Ristrophe, Bournique, Abba, Stenger, Lefèvre, Restignat et Schwanger.

Certaines de ces familles exploitaient également des verreries : Restignat, Raspiller,... ou étaient alliées à des familles de verriers : Chatrian, Bertholin, Verniory,... Ces familles, liées par de nombreuses alliances matrimoniales, faisaient cause commune face à toutes les manaces pesant sur les droits forestiers sur lesquels s’était construite leur prospérité.

Au début du XIX° siècle, les propriétaires de scieries et de verreries formaient une petite bourgeoisie rurale, dotée d’une grande influence et occupant souvent le fauteuil de maire. Cette petite bourgeoisie émergea sans heurt, ne prenant la place de personne, puisqu’il n’y avait jamais eu d’autre noblesse qu’un Comte lointain et depuis longtemps absent et dont la disparition n’avait affecté personne ; restant agriculteurs et très attachés à leurs propriétés foncières, ces bourgeois ne s’attiraient aucune jalousie de la part de leurs concitoyens dont ils restaient très proches.

Quand en 1809, Jean-Baptiste Chatrian, maître verrier, et son épouse Marie-Anne Restignat, fille de l’ancien maire d’Abreschviller, parents de l’écrivain Alexandre Chatrian, firent construire leur maison à Grand-Soldat, ils la dotèrent d’une étable et d’une grange. Pour eux, le “train de culture” restait l’élément stable de l’économie familiale.

A Abreschviller, la production agricole était importante malgré le peu d’espace que la forêt lui laissait. Une trentaine d’hectares était concacrée aux céréales (blé, avoine et seigle) et la pomme de terre règnait en maître dans les petites parcelles familiales, couvrant environ 15 hectares. Bien irrigués, les fonds de vallées étaient très productifs.

Conséquence du relief de montagne, l’élevage des bovins, boeufs de trait et vaches laitières, se pratiquait sur environ 215 hectares de prairies, sur les versants des collines et dans les forêts grâce aux droits de grasse pâture, survivance de l’Ancien Régime.

Les nombreux porcs, élevés dans les arrières cours des particuliers, apportaient un important complément alimentaire. Chevaux et boeufs étaient utilisés pour le débardage en forêt, les transports et les travaux des champs. Caprins et ovins étaient presque totalement inconnus dans ces régions forestières où leur présence destructrice n’était pas souhaitée.

Deux professions étaient directement liées au transport du bois : les voituriers et les flotteurs. Professions très anciennes, elles connurent des mutations très importantes au cours de ce siècle.

En 1817, on comptait, à Abreschviller, 13 voituriers dotés de chevaux et de boeufs, dont le travail consistait à descendre le bois depuis les coupes jusqu’aux scieries, puis des scieries vers les rives des rivières lorsque ces cours d’eau “flottables” ne passaient pas près des scieries.

Les flotteurs, au nombre de 27 à Abreschviller, liaient les planches en “trains” qu’ils lançaient dans les rivières, les menant, d’affluent en affluent, parfois jusqu’en Hollande (“les bois de Hollande”, destinés aux constructions navales de la Mer du Nord). Les bûches destinées à la verrerie de Lettenbach et à la Forge d’Abreschviller étaient simplement déposées dans le courant et récupérées à peu de distance des établissements auxquels elles étaient destinées.

Depuis la fin du XVI° siècle, une papeterie était installée à quelque distance du centre du village d’Abreschviller, alimentée par un canal y menant l’eau de la Sarre. Propriété de Nicolas Gérard et de Bertholin en 1752 (4), elle fut achetée par Mourer, le greffier du Comté de Dabo, qui connut de graves difficultés financières. Revendue par Mourer, elle fut acquise en 1782 par un libraire strasbourgeois, Levrault. Elle cessa toute activité après la Révolution. Les bâtiments furent achetés par MM Henriet, Martin et Harrer, de Blâmont, et disparut dans un incendie le 18 Janvier 1836.

Cette papeterie transformait des chiffons de lin et de chanvre en une pâte après plusieurs semaines de fermentation dans l’eau pour faciliter la défibration qui était obtenue par des maillets actionnés par l’eau du canal. La pâte était ensuite filtée et l’eau souillée rejetée dans la Sarre.

Un polissoir de verre prit la place de la papeterie après l’incendie : il fonctionna jusque vers 1890. Installée par la verrerie de Vallerysthal, cette usine employa jusqu’à une centaine de personnes à fabriquer des verres de montres. Au milieu du XIX° siècle, la rue s’appelait “Rue de la Taillerie” (aujourd’hui : “Rue de la Papeterie”).

Un autre polissoir se trouvait au “Moulin de France” ; ce quartier, situé très en amont du village, à proximité du carrefour menant à Eigenthal fut d’abord un moulin à grains où oeuvrait, vers 1650, Pierre Henry, meunier, originaire de Henridorff, dont trois fils prirent épouse dans la famille Bournique.

Ce moulin devint une papeterie, annexe de celle d’Abreschviller, et, à la fin du XVIII° siècle, se trouva dirigée par Nicolas-Louis Jordy, le futur Général de la Révolution. Au XIX° siècle, cette petite papeterie fut convertie en polissoir de verre jusque vers 1890, puis rachetée par l’entreprise Adt, de Forbach, qui y installa une fabrique de papier mâché. En 1898, la Société Adt ferma l’usine et fit don des bâtiments au département qui, en 1900, y installa un sanatorium auquel succéda, en 1971, le “ Centre de réadaptation spécialisé Saint-Luc”.

La forge, installée au bord de la Sarre, dans un quartier qui porte encore ce nom, fut installée en 1822 par Charles Berthelot sur les lieux où elle fut autorisée par le titre du 4 Octobre 1624. En 1858, les propriétaires, Mathis de Grandseille et A. de Gonneville, demandèrent l’autorisation d’y installer une chaudière à vapeur d’une puissance de 25 chevaux et un pilon à vapeur pour y forger le fer. Un bel ensemble industriel naquit de cette activité, où étaient forgés des outils pour l’agriculture et des grosses pièces pour la verrerie de Lettenbach. La Révoluton industrielle atteignait Abreschviller.

Outre les activités agricoles et industrielles, il existait à Abreschviller un petit artisanat familial : la broderie blanche à laquelle quelques femmes du village excellaient et donnaient à ce village une réputation enviée. Les familles aisées étaient amateur de beau linge brodé à leur chiffre, linge de table et linge de toilette. Cet artisanat ne demandait aucun investissement coûteux et procurait un revenu non négligeable et une occupation délassante à ces mères de familles souvent astreintes à des travaux moins valorisants.

Dans toutes les familles, les femmes étaient chargées du potager et des soins aux animaux. Les gros travaux agricoles étaient l’affaire de tous, parents et enfants. Seuls, les hommes prenaient un emploi hors du cadre familial, en forêt ou dans les usines locales.

Succédant à 25 ans de guerres, cette longue période de paix, de la défaite de Waterloo (1815) à la désastreuse guerre franco-prussienne (1870-1871), fut une époque de développement économique et technique entraînant de profondes mutations sociales.

LES INCENDIES

Au XIX° siècle, n’existaient ni corps de sapeurs-pompiers ni matériel adapté à la lutte contre les incendies qui étaient particulièrement redoutés, surtout en ville. Les causes en étaient d’ailleurs mal connues.

Dans les campagnes, de nombreux incendies étaient provoqués par la fermentation du foin dans des greniers ou des granges mal aérés. Après la fenaison, surtout par des étés pluvieux, le foin était rentré insuffisamment sec dans les fenils. Une fermentation microbienne se produisait, qui pouvait provoquer la combustion spontanée des gaz accumulés. Ce phénomène, bien connu aujourd’hui, était totalement ignoré jadis.

Les incendies qui se déclaraient pendant la saison froide étaient souvent la conséquence du mauvais entretien des cheminées qui traversaient les greniers ; ces cheminées, souvent construites en terre et en bois, se crevassaient et le feu pouvait alors se communiquer à la paille ou au foin placés trop près d’elles.

De grandes quantités de bois étaient utilisées dans la construction des maisons. Les droits d’usage accordés par les Comtes de Dabo avaient incité les habitants d’Abreschviller à utiliser des bardeaux plutôt que des tuiles, plus coûteuses, pour couvrir les toits et les murs exposés aux vents dominants.

Presque toutes les maisons d’Abreschviller étaient construites sur le plan de la maison rurale lorraine à deux ou trois travées : sous le même toit se trouvaient l’habitation des hommes, celle des animaux, et les granges.

L’habitation était composée, au rez-de-chaussée, d’une cuisine, à l’arrière de la maison, et d’une pièce de façade, où une cheminée ou un poële en fonte chauffait l’ensemble de la maison. Les chambres à coucher étaient à l’étage du logis, sous le grenier qui couvrait l’ensemble de la maison et servait souvent de fenil. Les deux autres travées abritaient la grange, avec une grande porte charretière, et l’étable.

Les maisons étant mitoyennes, en cas d’incendie, le feu se propageait rapidement de maison en maison.

Il existait des pompes à bras destinées à combattre les incendies. Mais outre qu’elles étaient souvent manipulées par des gens peu compétents parce que non entraînés, il fallait les alimenter avec des seaux d’eau. Si l’incendie s’était déclaré loin d’une fontaine ou de la rivière, il fallait beaucoup de monde pour faire la chaine et les seaux étaient alors en nombre insuffisant.

Les incendies en agglomération étaient de véritables catastrophes.

Le journal “L’Ami de la Religion” du 18 Janvier 1836 rapporte : “Abreschviller, un des villages les plus populeux et les plus riches de la Meurthe, vient d’être effrayé par un incendie terrible. Les magnifiques bâtiments d’une ancienne papeterie, vendue par M. Henriet à MM. Martin et Harrer de Blâmont, ont été réduits en cendre, sans que rien, pour ainsi dire, ait pu échapper au désastre.” Cet incendie, dont nous ne savons rien d’autre, n’affecta pas le village, les bâtiments en cause étant éloignés du centre et au bord de la Sarre.

Le 25 Août 1849, à midi, un incendie se déclara au centre du village et détruisit 116 maisons (soit près d’ une maison sur trois) malgré l’intervention de secours venus des villages voisins. La mairie et toutes les archives communales disparurent dans les flammes. Un vent violent transporta les flammèches à une grande distance, provoquant l’incendie des toits de chaume des batiments agricoles et les bardeaux qui couvraient les toits.

LES MAISONS ANCIENNES D’ABRESCHVILLER

Assez isolée, l’église paroissiale fut épargnée. Par contre, toutes les maisons du centre du village, donc les plus anciennes, furent incendiées. Certaines furent réparées, d’autres furent entièrement reconstruites. En témoignent des pierres de fondation indiquant des dates de construction bien antérieures à l’âge réel de la maison. Le grès rouge avec lequel étaient construites ces maison, est une pierre qui supporte mal les très fortes températures. Les maisons qui avaient été atteintes durent subir de grosses réparations qui en changèrent totalement l’aspect.

Lors de l’incendie, le village d’Abreschviller s’étendait le long de la rue principale (aujourd’hui : Rue Jordy) avec deux excroissances : la “Culée” (aujourd’hui : Rue Pierre-Marie) et la rue des Cailloux (aujourd’hui : Rue des Roches). Les maisons du centre étaient toutes mitoyennes, à la mode lorraine, avec un léger décrochement des façades, et précédées d’ usoirs (5).

Au delà de cette agglomération centrale, les fermes n’étaient plus mitoyennes et assez éloignées les une des autres pour éviter l’embrasement.

Quelques maisons du XVIII° ou du début du XIX° siècle ont été reconstruites :

- Une pierre de fondation incluse dans le mur de clôture de la maison N°12 Rue Pierre-Marie indique : “Cette pier / a ete pozee / pour Pierre Bou / rnique et Marie / M Boulange / 1774”. Cette pierre se rapporte au N° 10. La maison du N°12 fut reconstruite pendant la première moitié du XIX° siècle. La maison N°10, construite en 1774, fut en grande partie reconstruite elle aussi.

- L’immeuble qui abrite aujourd’hui l’ “Hôtel des Cigognes” a, lui aussi, été reconstruit. Il unit deux bâtiments différents dont l’un est datable de la seconde moitié du XVIII° siècle. Une pierre de fondation, à droite de la façade, malheureusement engluée par de nombreuses couches de peinture en donne probablement la date.

- Le 57 Rue Pierre-Marie, aujourd’hui “Hôtel du Donon”, a été construit en 1774 par Nicolas Bournique, marchand de planches, et son épouse Christine Limon, ainsi que l’atteste la pierre de fondation scellée dans le mur de l’immeuble. Il semble que cet ensemble fut en grande partie épargné par le sinistre.

Dans ce quartier de la Rue Pierre-Marie, appelé jadis “La Culée”, plusieurs maisons sont postérieures à l’incendie et remplacent des immeubles totalement détruits :

-le N°43 est datable du milieu du XIX° siècle ;

-le N°4 fut construit vers la fin du XIX° siècle pour Joseph Bournique ; ce fut la maison natale de Pierre-Marie Bournique, le pionnier de l’aviation qui donna son nom à cette rue ; il est probable qu’elle fut reconstruite sur les fondations d’une maison construite en 1828 pour Jean-Baptiste-Irénée Bournique, grand-père de Joseph Bournique (1861-1915), père de Pierre-Marie.

-le N°2, aujourd’hui boucherie, date de la fin du XIX° siècle.

Il est probable que seules, les maisons des familles aisées du XVIII° siècle, bien construites en pierres de taille, ont pu être conservées en partie. Les maisons de construction plus légères, dans lesquelles le bois était abondant, ont été détruites et remplacées après 1850.

Les maisons les plus anciennes d’Abreschviller sont éloignées du centre ; ainsi :

-Rue du moulin, le “Gîte Communal” est installé dans une maison sonstruite en 1759 par Blaise Verniory, qui fut Conseiller Fiscal en 1789 et Commissaire-Inspecteur des forêts du Comté de Dabo en 1790, et sa seconde épouse Marie Abba ;

-Rue Jordy, le N°102 a été construit en 1801 par Jean-Baptiste Duchâteau, verrier, et son épouse Marguerite Delaval ;

-à La Valette, le N°15 est daté des années 1750, les autres fermes anciennes lui sont postérieures d’un demi-siècle ;

Grand-Soldat fut le domaine des verriers :

-la maison natale de l’écrivain Alexandre Chatrian porte la date de 1809 ; elle a été construite pour ses parents Jean-Baptiste Chatrian, maître verrier, et son épouse Marie-Anne Eléonore Restignat, fille de Jean Restignat, maire d’Abreschviller en 1774 ;

-le N°38 a été construit en 1821 par Dominique Restignat et Anne-Rosalie Verniory, tous deux appartenant à des familles de verriers.

Les conséquences de l’incendie de 1849 furent importantes et parfois dramatiques :

-de nombreuses familles se trouvèrent dans la gêne, et cela explique le mouvement migratoire important qui suivit ;

- les archives communales ont disparu dans l’incendie de la mairie ;

-peu d’immeubles anciens ont survécu à cette catastrophe ;

-on peut imaginer que la reconstruction du village mobilisa les énergies pendant plusieurs années et que le dynamisme du village en fut affecté.

LES PROBLÈMES SANITAIRES

Abreschviller ne semble pas avoir été atteint par la grande épidémie de choléra de 1832 qui toucha toute la France et y fit environ 100.000 victimes dont 20.000 dans la région parisienne.

Par contre, la maladie de la pomme de terre, le mildiou, qui sévit entre 1846 et 1856, ne fit qu’aggraver la situation, entraînant une hausse des prix et une disette d’autant plus grave que la pomme de terre était la base de l’alimentation populaire en Europe. En Irlande, le mildiou vint s’ajouter à d’autres facteurs pour provoquer une famine qui entraîna la mort de près d’un million de personnes.

Cela explique les vagues d’émigration qui affectèrent l’Europe à la fin du XIX° siècle. Le village d’Abreschviller n’y échappa pas.

LES MIGRATIONS DE POPULATION

A Abreschviller, il n’y avait, aux XVII° et XVIII° siècles, aucune petite propriété foncière paysanne : terres et forêts appartenaient aux Comtes. Il n’existait pas de propriétés allodiales (6). La seule richesse était constituée de droits et de concessions forestières. Grâce à ces concessions accordées par les Comtes de Dabo, une importante immigration venant de régions parfois lointaines : Auvergne, Picardie, Provence, Savoie, Val d’Aoste, ...avait peuplé le pays. Au XIX° siècle, le mouvement s’inversa.

Entre 1754 et 1784 (7), une première vague d’émigration avait déplacé une soixantaine d’habitants, tous germanophones, vers le Banat de Tamasvar (8), où les avait attiré la propagande de l’Empire d’Autriche après la reconquête de cette région sur les Turcs. Ces émigrants étaient partis en famille pour profiter des franchises, des exemptions d’impôts, des concessions de terres et des privilèges qu’on leur offrait dans cette lointaine région.

Au XIX° siècle, une importante émigration se développa en direction du Nouveau Monde, et des Etats-Unis en particulier.

Evolution de la population d’Abreschviller :

1795 1802 1822 1843 1859 1871 1875

1315 1444 1800 2082 1659 1679 1568

-La période de l’Empire et de la Restauration fut une époque de stabilité intérieure et de développement économique : les scieries étaient actives et les exportations de bois se faisaient par flottage sur la Sarre. La verrerie de Grand-Soldat fonctionna jusqu’en 1837. Ceci explique l’augmentation de la population jusqu’au milieu du siècle ;

-Vers 1850, la population du village diminua pendant une dizaine d’années ; la hausse des prix des grains consécutive à des mauvaises récoltes, la maladie de la pomme de terre à partir de 1840, les conséquences de l’incendie de 1849, provoquèrent une importante émigration ; à cette époque, les Etats-Unis avaient entrepris une campagne d’information pour attirer des colons européens.

La découverte de gisements d’or en Californie, dans la région de Sacramento, en 1848, ne fit qu’amplifier le mouvement. Entre 1843 et 1866, quatre-vingt sept personnes d’Abreschviller s’embarquèrent pour les Etats-Unis (9) à partir des ports de Hambourg, du Havre, de Southampton et d’Amsterdam. Débarqués à New-York, Philadelphie ou Baltimore, les émigrants qui ne restaient pas à New-York, étaient dirigés vers le Texas ou la Région des Grands Lacs. Certains restèrent en Nouvelle Angleterre.

Entre 1855 et 1896, tous les émigrants arrivant aux Etats-Unis passaient par East Battery, un ancien fort au sud de Manhattan (aujourd’hui Castle Garden) où se faisait l’immatriculation et le controle sanitaire des nouveaux arrivants. Après 1896, le centre d’accueil fut déplacé à Ellis Island.

Le XIX° siècle se termina par la guerre franco-prussienne et l’annexion de l’Alsace et d’une partie de la Meurthe à l’Empire allemand. De nombreux jeunes gens émigrèrent pour ne pas servir dans l’armée allemande. Quelques familles optèrent pour la France et quittèrent le pays.

LES GRANDS BOULEVERSEMENTS ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX.

En se révoltant, en 1848 (10) contre les atteintes à leurs droits forestiers, les habitants de Dabo refusaient les bouleversement qu’ils préssentaient devoir subir à la suite d’un éventuel cantonnement des forêts.

Les habitants d’Abreschviller eurent la sagesse d’accepter le cantonnement, espérant, à juste titre, en tirer bénéfice. L’acte administratif fut signé le 30 Avril 1864.

En créant une forêt communale de 515 ha 40 et des forêts privées de plusieurs centaines d’hectares, le cantonnement bouleversa la vie du village.

La première conséquence fut la disparition des scieries affectataires. Ayant échangé leurs droits contre des hectares de forêts, les scieurs n’avaient plus intérêt à continuer leurs activités : ou bien ils devaient se contenter d’exploiter les forêts qui leur avaient été concédées par le cantonnement, ou bien ils devaient acheter le bois au prix du marché, ce qui ne leur laissait guère de bénéfices.

Les forêts qu’ils avaient obtenues avaient très souvent été surexploitées et ne pouvaient plus soutenir leurs activités. Ils préférèrent alors renoncer à leurs scieries et nombre d’entre eux procédèrent à des échanges ou à la vente des forêts qu’ils avaient obtenus. Ayant perdu de leur valeur parce que souvent pauvres en bois de qualité, les forêts privées se trouvèrent concentrées entre les mains de quelques propriétaires qui purent poursuivre leurs activités industrielles ; les vastes surfaces dont ils disposaient alors leur permettaient d’approvisionner leurs scieries et de mieux gérer leurs forêts en évitant la surexploitation. Ainsi se maintint une activité ancienne tout en régénérant une forêt que les droits d’usage avaient mises en danger.

A partir de 1850, les ingénieurs forestiers entreprirent de construire un vaste résau de routes forestières pour faciliter l’exploitation des forêts domaniales.

Mise en place après l’annexion de 1871, l’administration allemande préféra construire une ligne de chemin de fer à voie étroite entre le lieu-dit “Deux-Rivières”, sur la route du Donon, et la “Dunkelbach”, en suivant le “Ruisseau d’Abreschviller”, un petit affluent de la Sarre Rouge, sur les rives duquel se trouvaient plusieurs scieries. L’écartement des rails de 70 centimètres était celui des chemins de fer militaires prussiens, seul exemple de ce type introduit en France.

En 1891, une ligne de chemin de fer à écartement normal fut établie entre Sarrebourg et Abreschviller. La question se posa de prolonger cette ligne jusqu’à Deux-Rivières pour le transport des bois. Or, à cette époque, l’ancienne Forge fut transformée en scierie domaniale. On préféra alors prolonger la ligne à voie étroite jusqu’à la scierie de la Forge.

Au printemps 1892, une tempête mit à bas plusieurs centaines de milliers de mètres cubes de bois dans la Massif du Grossman auquel on peut accéder par la vallée du Ruisseau d’Abreschviller. La ligne à voie étroite fut alors prolongée jusqu’au pied du Grossman pour accéder aux chablis (11). L’exploitation de ces bois dura plusieurs années. C’est à cette époque que s’installa, à proximité de la ligne de chemin de fer, au carrefour de la route du Donon et de celle de Grand-Soldat, au lieu-dit Romelstein, la scierie Zeitz, actionnée par une machine à vapeur, employant jusqu’à 40 personnes et devenant ainsi la plus importante scierie des Vosges. Cette scierie devint, un peu plus tard, la scierie Donnewert-Leroy.

Les bois de la tempête ayant été exploités, l’administration des forêts entreprit de démonter une partie du réseau ; mais une seconde tempête se produisit en 1902. Le chemin de fer fut alors prolongé du côté de Grand-Soldat, et le réseau s’étendit sur 50 km.

A la fin du XIX° siècle, grâce à des achats et des échanges judicieux, le famille Bournique avait acquis de vastes forêts autour de Grand-Soldat et à la Wassersoupe : le Lossert, le Wellerst, de la vallée de Grand-Soldat à la vallée de la Sarre Rouge, près des Deux-Rivières. Leurs propriétés s’étendaient jusqu’à la vallée de la Sarre Blanche (Commune de Turquestein).

Les Bournique possédaient plusieurs scieries :

-Vallée de la Sarre Rouge :

-scierie Jaxel, sur la Sarre, en aval des Deux-Rivières ; cette scierie continua son activité sous d’autres propriétaires jusque vers 1970. (Scierie dite alors “scierie du Jolo”).

-scierie Lorentz, alimentée par un canal venant de la scierie Frentzel située en amont ;

-scierie Hanzoury, à Grand-Soldat (là où se trouve aujourd’hui le terminus de train forestier. Les installations actuelles sont une reconstitution sur le site de la scierie Hanzoury).

-Vallée de la Sarre Blanche :

-scierie du Bourguignon, à Turquestein, qui fut vendue vers 1955 et poursuivit ses activités pendant plusieurs années.

La famille Bournique est exemplaire de l’enrichissement grâce au cantonnement des forêts. Le village aussi tira de grands avantages de la forêt communale qui lui échut. Ainsi, l’adduction en eau potable, l’aménagement d’un grand nombre de fontaines et de lavoirs fut réalisé grâce aux coupes de bois sans qu’aucun impôt supplémentaire fut nécessaire. Malgré l’opposistion de certains habitants, la commune d’Abreschviller contribua à la construction de la route d’Abreschviller à Sarrebourg qui permit une exportation plus facile des bois façonnés par les scieries.

Contrepartie de ce progrès : le flottage sur la Sarre disparut petit-à-petit, victime de la concurrence d’autres moyens de transport, et de la baisse des besoins en bois des constructions navales de Hollande où le fer était de plus en plus utilisé.

UN NOUVEAU DYNAMISME

Les statistiques de 1885 donnent à Abreschviller une population de 1.600 habitants, et signalent les commerces suivants :

-Bois : Edouard Bournique ;

-Bois de charpentes et sciages : Didiot ; Charles Gaire ;

-Brasseurs : J.Cuny ; Schmitt ;

-Chapelier : D. Arnoux ;

-Epicerie et mercerie : Vve Arnoux ; Bennerotte ; Demange ; Maisse ; Pargny ; Stock ;

-Ferblantier : L. Damidio ;

-Forges et fonderies : Mathis de Grandseille ;

-Hôtels : Cayet ; Bennerotte ;

-Polissoir de verre de la Société de Vallérysthal et Porcieux ;

-Sellier : Gérard ;

-Verre à vitres : Placide Limon ;

-Vins et spriritueux : Klein.

Avec des activités industrielles diverses, mais toutes issues de la forêt, des commerces variés, à la fin du XIX° siècle, Abreschviller se pose en village riche où des familles entreprenantes apportent une grande prospérité dans un milieu forestier resté longtemps hors des circuits économiques parce que replié sur des droits archaïques.

NOTES

(1) Statistiques administratives et historiques du Département de la Meurthe”- par Michel, sous-chef à la Préfecture-Nancy-1822- P. 144.

(2) Scieries affectataires : scieries jouissant de droits sur les forêts de l’ancien Comté de Dabo.

(3) Accord du 8 Février 1817- Archives privées.

(4) Reimeringer-op. cit.

(5) Usoir : espace entre la maison rurale lorraine et la rue, sur lequel étaient déposés les outils agricoles les plus volumineux, le bois de chauffage et le fumier. Les usoirs étaient et sont restés propriétés communales même si, aujourd’hui, transformés en jardinet ou en pelouse, ils semblent intégrés à la maison qu’ils précèdent.

(6) Propriétés allodiales : propriétés foncières libres de tous droits seigneuriaux.

(7) cf. Boehm. op.cit. P.91.

(8) Aujourd’hui : Timisoara, en Roumanie.

(9) cf. Boehme. op.cit. P. 93-95.

(10) cf. Chapitre 5 : “Le cantonnement des forêts de l’ancien Comté de Dabo”.

(11) Chablis : arbres déracinés par le vent.

SCIERIE DU JOLO VERS 1960 (document complet)
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Scierie de Grand-Soldat-fin 19° siècle (document complet)
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