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Histoire du village

Le Général Jordy

LE GÉNÉRAL NICOLAS-LOUIS JORDY
1758-1825

Les habitants d’Abreschviller ont donné à une rue du centre de leur village le nom d’un de leurs plus illustres concitoyens : le général Jordy. Pendant cette période de la Révolution et de l’Empire, il y eut tant de héros que le nom du Général Jordy n’apparaît pas au premier plan de l’histoire nationale.

Nicolas-Louis Jordy eut deux vies : jusqu’à la trentaine, il chercha sa voie et crut l’avoir trouvée dans les activités industrielles de notre région, quand éclata la Révolution qui lui offrit la possibilité d’accomplir sa vocation : être officier.

LA FAMILLE JORDY A ABRESCHVILLER

Le début du XVIII° siècle fut une époque d’immigration importante en Lorraine et dans le comté de Dabo.

Les Jordy quittèrent la Savoie, attirés par l’exploitation des forêts du Comté de Dabo. Maurice Jordy fut concessionnaire d’une scierie à Abreschviller dès 1747. Il obtint du régisseur du Comté un bail de 24 ans pour la construction d’une scierie à Huttbach, à la Cancelay, non loin de la “Scierie Brulée”.

Il avait épousé, en 1724, une jeune-fille de Saint-Quirin, Marguerite Franc, qui lui donna trois enfants. L’ainé, Nicolas, devint avocat et s’installa à Saint-Quirin. En 1757, Nicolas épousa à Dabo une jeune veuve, Christiane Levi, fille d’un commerçant juif de Phalsbourg converti au catholicisme, et le jeune couple s’installa à Abreschviller.

Nicolas se lança avec succès dans les affaires : il fit très rapidement partie des notables d’Abreschviller. En 1787, il fut du groupe des opposants au Receveur du Comté dans le “Procès de la Grasse Pâture”.

Lorsque la nouvelle église fut construite, les notables d’Abreschviller se virent offrir des places d’honneur selon l’importance de leurs dons. Nicolas Jordy se vit attribuer la 4° place après Verniory père, Jean-Baptiste Chatrian et Pierre Bournique, et avant Pierre Bournique (maître de Forge), Joseph Bournique (maire), Pierre Distrophe, Jean Restignat (ancien maire) et Nicolas Bournique.

Les Jordy eurent sept enfants. L’ainé, LOUIS-NICOLAS JORDY naquit le 14 septembre 1758 à Abreschviller. Il fut baptisé le 16 septembre. L’acte de baptême indique que son père était “ Marchand et Receveur des Péages du Roi à Abreschviller”. Son parrain fut Louis-Alexandre Cerne, “Entrepreneur des Fourrages” à Phalsbourg, et sa marraine Marguerite Franc, épouse de Maurice Jordy, Juge à Saint-Quirin.

Il suivit les cours de l’école primaire d’Abreschviller : nous possédons de nombreuses lettres manuscrites de lui, toujours signées “Jordy l’ainé”, bien écrites, mais à l’orthographe parfois un peu hésitante.

NICOLAS-LOUIS JORDY, CHIRURGIEN MILITAIRE

Très jeune, Nicolas-Louis se sentit attiré par le métier des armes. Il aurait aimé être officier, mais il était très difficile à un roturier d’accéder à ce rang, sous l’Ancien Régime.

Il se consola en s’orientant vers les études de chirurgien militaire. Avant la Révolution, la chirurgie était séparée de la médecine. Jusqu’au XVIII° siècle, les chirurgiens portaient le titre de “barbiers”, ce qui remplissait les médecins de joie ! En 1750, une école de chirurgie fut établie à Paris : les cours duraient trois ans jusqu’à la soutenance d’une thèse. Si la chirurgie civile avait beaucoup progressé, il n’en était pas de même pour la chirurgie militaire qui restait très sommaire.

Nicolas-Louis avait 16 ans lorsque, le 15 août 1774, ses études de chirurgien terminées, il prit son service dans les hôpitaux militaires de Sélestat et Strasbourg. Après quatre ans d’exercice, Nicolas-Louis mit fin à ses fonctions le 9 avril 1778 pour s’engager comme simple soldat au Régiment d’Alsace : il avait alors 20 ans. Le statut de simple fantassin fut donc pour lui une promotion !

NICOLAS-LOUIS JORDY, SOLDAT DU ROI

Nicolas-Louis Jordy s’engagea au “Royal-Deux-Ponts”, commandé par le Comte de Forbach-Deux-Ponts. Créé en 1757, il était composé de 60% de sujets allemands et 40% d’Alsaciens et de Lorrains.

En garnison d’abord à Deux-Ponts (Zweibrücken) et à Metz en 1778, le régiment fut envoyé en Bretagne et embarqua à Brest le 7 avril 1780 pour l’Amérique, à bord de l’escadre commandée par le Chevalier de Ternay. Le Comte de Rochambeau commandait ces troupes envoyées par le Roi Louis XVI au secours des “INSURGENTS” américains qui venaient de déclarer leur indépendance pour former les Etats-Unis.

Le voyage dura 77 jours et plus de 400 matelots et soldats furent malades, surtout du scorbut.

L’armée de Rochambeau reçut la mission de garder les retranchements de Rhodes Island qui avaient été conquis sur le général anglais Clinton. L’année 1780 se passa à cette fastidieuse occupation.

En juin 1781, l’armée de Rochambeau rejoignit l’armée américaine ; on se mit alors en mouvement pour assiéger Yorcktown (Virginie) défendue par Lord Cornwallis.

Le 21 juillet 1781, les Régiments de Bourbonnais et Royal-Deux-Ponts attaquèrent Kingsbridge et contraignirent les Anglais à la retraite. Le Royal-Deux-Ponts s’illustra à Yorcktown lors de la prise de la redoute N°9, clé de voûte de la défense anglaise. Le Comte de Forbach y fut légèrement blessé. Lord Cornwallis capitula.

Après cette bataille, le Congrès américain chargea le Comte de Forbach d’apporter au Roi Louis XVI quelques drapeaux pris à Lord Cornwallis. Il embarque en novembre 1781 à bord de la frégate “Andromaque” et se rendit à Versailles.

Le Royal-Deux-Ponts quitta les Etats-Unis couvert de gloire en juillet 1783. Nicolas-Louis Jordy était rentré en France l’année précédente, peut-être en même temps que son colonel, et, le 23 août 1782, son père, Nicolas Jordy, acheta son congé.

RETOUR A LA VIE CIVILE

Dès son retour, Nicolas-Louis Jordy entra dans les affaires familiales. Il avait 24 ans et déjà une vie bien remplie derrière lui.

Il exerça les fonctions de “Juré des Terres et Seigneuries de Saint-Quirin” où son parent Jean Jordy était “Grand Juge”, et dirigea la papeterie du “Moulin de France”, annexe de la papeterie d’Abreschviller dirigée par son père Nicolas Jordy.

En 1789, Nicolas-Louis Jordy a 31 ans. C’est un homme mûr, plein d’expérience, qui a fait la guerre, a voyagé, a rencontré les “Idées Nouvelles”, son destin semble fixé : un notable rural destiné à une vie familiale sans surprise. Il s’était marié à une demoiselle Madeleine Gagou, mais nous ne savons rien de cette union qui ne semble pas avoir été féconde.

La Révolution allait lui offrir une nouvelle carrière bien inattendue.

LOUIS-NICOLAS JORDY, OFFICIER DE LA GARDE NATIONALE

Les finances royales étant dans une situation désespérée, le Roi Louis XVI décida de réunir les Etats Généraux afin de leur faire accepter de nouveaux impôts. On en profita pour faire une sorte d’enquête d’opinion par la rédaction des “Cahiers de Doléances” : chaque ordre, le Clergé, la Noblesse et le Tiers-Etat, devait rédiger des cahiers exposant leurs plaintes. Ceci laissa espérer que le Roi envisageait de profondes réformes.

Dès l’ouverture des Etats Généraux à Versailles le 5 mai 1789, le malentendu sembla évident. Très vite, le Tiers se fit rebelle et se proclama Assemblée Nationale. Incapable de réduire le Tiers à l’obéissance, le Roi reconnut l’état de fait. La situation économique était de plus en plus grave, et en province, les émeutes de la faim se multiplièrent durant l’été 1789

Des rumeurs courraient les campagnes : des armées de brigands avaient été aperçues, qui pillaient les villages et massacraient les paysans. Cette “Grande Peur”, dont on ignore l’origine, poussa les paysans à prendre les armes pour faire face à toute agression. Faute d’information, les campagnes vivaient dans la plus grande angoisse.

A Paris, les gens demandaient des armes pour se protéger des brigands et des régiments de mercenaires étrangers que l’on disait prêts à massacrer le peuple. Le matin du 14 juillet 1789, des émeutiers se dirigèrent vers la Bastille où la rumeur disait qu’il y avait d’énormes dépôts d’armes. Le gouverneur de la Bastille, de Launay, refusa de livrer quoi que ce soit sans ordre. Effrayés par cette foule, les gardes de la Bastille, de vieux soldats suisses souvent mutilés, perdirent leur sang-froid, levèrent le pont-levis et tirèrent dans la foule. Voulant faire cesser le massacre, de Launay négocia la reddition de la forteresse : malgré les engagements pris par les meneurs, la foule se rua dans le château, massacra les soldats et le gouverneur.

Ces événements s’ajoutèrent à la “Grande Peur”, ce qui amena les gens des provinces à organiser des “Gardes Nationales” sur le modèle de ce qui se faisait dans la capitale. A Paris, le Général de La Fayette, le “Héros d’Amérique”, prit le commandement de la Garde Nationale. Inspirées des “Gardes Bourgeoises” d’Ancien Régime, ces “Gardes Nationales” étaient chargées de maintenir l’ordre dans les villes et les campagnes.

Le 26 février 1790, l’Assemblée Nationale vota la loi créant les départements. Exception faite d’Engenthal qui rejoignit le Bas-Rhin, le Comté de Dabo fut rattaché à la Meurthe dont Nancy fut le chef-lieu. Abreschviller fut dans le canton de Lorquin et l’arrondissement de Sarrebourg.

Abreschviller se dota d’une Compagnie de Gardes Nationaux. Les villageois se tournèrent vers Nicolas-Louis Jordy dont l’expérience militaire et les idées réformatrices étaient connues de tous. Il fut donc élu capitaine de la Garde Nationale d’Abreschviller. Le 6 mai 1790, il fut choisi comme Commandant du Bataillon de la Garde nationale du Canton de Lorquin.

Le 14 juillet 1790, pour célébrer l’anniversaire de la prise de la Bastille, une grande fête fut organisée à Paris, destinée à montrer le désir des français de former un peuple uni non par les conquêtes de la Monarchie, mais par la propre volonté des Français. Ce fut la “Fête de la Fédération”, véritable acte de naissance de la Nation française. Sur le Champ de Mars, les délégations de toutes les régions de France se rassemblèrent sous leurs bannières. Une messe solennelle fut dite par l’évêque d’Autun, Mgr de Talleyrand-Périgord, puis La Fayette, au nom de la Garde Nationale, et le Roi prêtèrent serment de fidélité à la Nation. Le Roi était réconcilié avec son peuple.

A Abreschviller, une grande fête patriotique fut célébrée sur le sommet du Linenberg, au nord du village. Le curé, l’Abbé Martin, et son vicaire, l’Abbé Marcus, célébrèrent la messe. Le procureur de la Commune, Nicolas Mourer, puis Nicolas-Louis Jordy et les officiers de la Garde Nationale prêtèrent serment à la Nation et au Roi. La cérémonie se termina par un “Te Deum” enthousiaste et la foule se rendit à l’église où un officier de la Garde Nationale, Jean-Baptiste Reiser, demandait le baptême civique pour le fils que sa femme venait de lui donner. Le parrain fut Quirin Georges, Commandant de la Garde Nationale, et la marraine Madeleine Gagou, épouse de Nicolas-Louis Jordy, “premier capitaine de ladite garde”. La journée se termina par un grand repas et une danse autour d’un immense brasier allumé sur le Linenberg par le Maire Joseph Bournique.

En 1791, la garnison de Nancy se révolta. Le marquis de Bouillé, général en chef en Lorraine et Alsace, promettait le pardon aux soldats qui se soumettraient. Seuls, les Suisses de Châteauvieux s’obstinèrent (1.400 hommes). Dans la nuit du 30 au 31 août 1791, Bouillé, avec 3.000 fantassins, 1.400 cavaliers et quelques centaines de Gardes Nationaux, fit mouvement vers Nancy. Il entra dans la ville et un très sanglant combat se déroula contre les Suisses devant la Porte Sainte-Catherine où périt le jeunr lieutenant Désilles.

Une soixantaine de Gardes Nationaux de Sarrebourg, commandés par Monsieur de Saintignon et Nicolas-Louis Jordy, participèrent à cette expédition aux côtés de l’armée de Bouillé. L’Abbé Choffier, qui devint plus tard Maire de Sarrebourg, fit office d’aumônier de cette troupe. On ignore si les Gardes Nationaux participèrent à la répression.

NICOLAS-LOUIS JORDY, OFFICIER DE L’ARMÉE RÉVOLUTIONNAIRE

Le 20 avril 1792, la guerre fut déclarée par l’Assemblée Législative (I° Octobre 1791-20 septembre 1792) à la Prusse et à l’Autriche.

Le 19 août 1792, Nicolas-Louis Jordy fut élu commandant du I°Bataillon des Volontaires de la Meurthe, fort de 880 hommes. Il rejoignit l’Armée de Moselle et du Rhin sous les ordres du Maréchal Luckner qui lui confia le Fort de Belle Croix, à Metz, avec le renfort d’un bataillon du Régiment d’Auvergne. Jordy repoussa une attaque de uhlans autrichiens qui s’étaient aventurés jusque sur le glacis du fort.

A la fin août 1792, le Maréchal Luckner ordonna à Jordy de rejoindre l’armée du Général de Custine. A la tête de son bataillon de volontaires intégré à l’Armée du Rhin, le Commandant Jordy participa aux prises de Spire, Worms, Mayence (21 octobre 1792) et Francfort. Au cours du siège de Mayence, le Commandant Jordy se fit remarquer par plusieurs coups d’éclat :

-le 10 mai 1793, sur l’ordre du général Meunier qui commandait les troupes stationnées sur la rive droite du Rhin, Jordy passa le Main sur des radeaux, surprit l’ennemi et s’empara de l’île de Weissenau, mais il y fut blessé ;

-le 2 juin, un boulet tiré depuis la redoute de Gustawenbourg blessa grièvement le général Meunier. Son successeur, le général Aubert-Duboyet envoya Jordy avec 300 hommes du 7° Régiment de Chasseurs à Pied s’emparer de cette redoute tenue par 400 prussiens. Jordy accomplit sa mission et rapporta 1 canon et 2 obusiers.

- dans la nuit du 10 au 11 juin, le général Aubert-Dubayet confia à Jordy le commandement du I° Bataillon de Fédérés de Paris avec pour mission de s’emparer du village de Kostheim. A la tête de ses troupes, le commandant Jordy s’empara d’un drapeau et le planta sur la redoute, mais reçut un coup de baïonnette qui lui perça la mâchoire et la langue. Malgré sa blessure, il resta à son poste.

Le 21 Juillet 1793, il fut fait adjudant - général ( c’est-à-dire colonel).

La situation de la garnison de Mayence était sans issue, le gouverneur de la ville négocia la reddition de la place : la garnison française fut autorisée à sortir de la ville avec les honneurs militaires après s’être engagé à ne plus combattre les armées étrangères pendant 1 an.

LA GUERRE DE VENDÉE

Les “Mayençais”, commandés par le général Klébe furent alors envoyés à Nantes.

L’exécution du Roi le 21 janvier 1793, les persécutions contre les prêtres réfractaires à la Constitution Civile du Clergé, et surtout la “Levée en Masse” décrétée le 25 février 1793 avaient provoqué des émeutes, puis le soulèvement de l’Ouest. Bien malgré lui, Nicolas-Louis Jordy se trouva plongé dans cette guerre civile atroce. Il resta en Vendée du 7 septembre 1793 au début de janvier 1794.

Placé sous les ordres du général Haxo, il fit fonction de général de brigade. Le 21 novembre 1793, il reçut l’ordre de poursuivre l’armée vendéenne de Charette et de passer le canal de Grandlieu. Il se jeta à la nage dans le canal avec 19 soldats, le sabre à la bouche, sous le feu de l’ennemi, pour aller chercher des bateaux qui permettraient au général Canclaux de passer le canal avec ses troupes. Nicolas-Louis Jordy fut placé ensuite sous les ordres du général Turreau qui s’illustra par sa barbarie à l’encontre des populations civiles vendéennes en organisant les “Colonnes Infernales”. Jordy eut la chance de quitter la Vendée avant d’être obligé de participer à ces horreurs.

Début janvier 1794, Nicolas-Louis Jordy placé sous les ordres du général Haxo, se trouva à Noirmoutier. Dès le début du combat, il fut blessé et eut la cuisse gauche et la hanche fracassées. Les soldats du 7° Régiment d’Infanterie de Ligne lui firent un brancard de leurs fusils et le portèrent ainsi pour lui permettre de commander l’assaut. Peu avant la reddition de l’île, vers 13 heures, une balle le frappa à l’os pariétal gauche et le renversa du brancard.

Le bruit courut qu’il avait été tué. Le lendemain, 4 janvier 1794, il fut nommé général de brigade.

Nicolas-Louis Jordy guérit de ses blessures, fut trépané mais perdit l’usage d’un oeil et de la main gauche.

RETOUR À L’ARMÉE DU RHIN

Pendant sa convalescence, le général Jordy fut nommé gouverneur militaire de Strasbourg.

Le 27 mars 1794, par Décret de la Convention Nationale, le général Jordy fut nommé général de division. Contre toute attente, il refusa cette promotion, “ne se sentant pas les talents requis pour dignement en remplir les fonctions” ; ce fut une occasion perdue : il ne fut plus jamais promu au grade supérieur.

Le 8 novembre 1794, il rejoignit l’armée du général Desaix qui assiégeait Mayence. La ville capitula après 11 mois de siège, mais Jordy ne vit pas la fin de cette action : à peine arrivé, il fut blessé grièvement lors de l’attaque qu’il menait contre le camp autrichien de Weisenau.

Après 8 mois de convalescence, le général Desaix lui confia une mission d’observation des armées ennemies : il passa seul sur la rive droite du Rhin et observa pendant trois jours les mouvements ennemis sans se faire repérer, puis rendit compte à son général.

Le jour même où le général Moreau passait le Rhin à Kehl, le général Jordy simula une attaque entre Bâle et Markolsheim afin de faire diversion.

Le 14 juillet 1796, Jordy passa dans la division de général Ferino, forte de 23 bataillons et 17 escadrons. Il reçut l’ordre de prendre la ville de Haslack dont il s’empara en traversant la rivière à gué. Il repoussa les Autrichiens en Forêt Noire jusqu’à Willingen. Son offensive dépassait les plans du général Férino qui lui dit : “Doucement, mon cher général, n’allez pas à Vienne avant nous !”.

De vieilles blessures se rouvrirent, et il fallut l’évacuer à Neuf-Brisach dont il prit le commandement après sa guérison.

Le 15 avril 1797, il prit le commandement d’une colonne de l’Armée du Rhin à Strasbourg.Le 20 avril 1797, à 9 heures du matin, au passage du Rhin, le général Jordy fut blessé par une balle qui lui cassa l’os du front et par un coup de mitraille à la cuisse. Entouré d’ennemis, tombé de cheval, il se défendit à coups de sabre jusqu’à ce quelques grenadiers de la 10° demi-brigade viennent le dégager. Il ne quitta le champ de bataille qu’à la nuit, quand la position des troupes françaises fut assurée sur la rive droite du Rhin. Le général Moreau tint à le féliciter et à le faire soigner en sa présence.

En janvier 1798, le général Augereau confia à Jordy la mission de ramener à Strasbourg toutes les troupes et le matériel militaire français qui se trouvait encore sur la rive droite du Rhin. Satisfait de l’action de Jordy, le général en chef lui remit un sabre d’honneur de la part du Directoire.

Le 26 juin, le général en chef Augereau confia au général Jordy le commandement de toutes les troupes qui occupaient les places-fortes dans tout le département du Haut-Rhin.

Il n’eut pas le temps d’exécuter ces ordres, car le Général de Sainte-Suzane qui avait défendu la tête de pont de Kehl, lui ordonna d’occuper Mulhouse qui venait d’être annexée à la France. A peine à Mulhouse, Jordy se vit confier l’avant-garde que le général Schauenbourg menait de Bâle à Berne.

Epuisé par tant de campagnes et de blessures, le général Jordy se vit contraint de demander au gouvernement du Directoire un emploi moins fatigant, et, le 24 mai 1798, il fut nommé commandant de la Place de Strasbourg.

Le 15 octobre 1801, à l’âge de 43 ans, il épousa à Strasbourg Marie-Madeleine Ammel.

Il sut se faire apprécier par les strasbourgeois, mais dut bientôt quitter la ville : le I° consul Napoléon Bonaparte, chef de l’Etat depuis le 25 janvier 1800, avait entrepris de vastes réformes. Les places fortes reçurent un nouveau classement, et, le général Jordy n’étant que général de brigade, dut quitter Strasbourg pour Landau. Ce qu’il fit la mort dans l’âme.

Nicolas-Louis Jordy fut un homme de guerre peu à l’aise dans l’art du courtisan. Malgré cela, il lui fallut réclamer, avec parfois beaucoup de flagornerie, les honneurs qui lui étaient dus. Les temps avaient changé : ses lettres ne sont plus celles d’un “citoyen”, mais celles d’un “sujet”. Alors que ses anciens camarades de guerre étaient couverts d’honneurs, de titres de noblesse et de pensions, il lui fallut toujours réclamer ce qu’il pensait qui lui était dû.

LA COURSE AUX HONNEURS DU GÉNÉRAL JORDY

En 1798, le général Augereau lui avait remis un sabre d’honneur.

Il écrivit, le 12 décembre 1803, au I° Consul, pour lui demander la Légion d’Honneur : sa lettre était accompagnée de nombreux témoignages de généraux sous lesquels il avait servi ; il obtint satisfaction et fut fait Chevalier de la Légion d’Honneur.

Le 12 novembre 1811, il fut fait par l’Empereur, Chevalier de l’Empire, donataire, c’est-à-dire qu’une rente était attachée à son titre, avec des armoiries.

En juillet 1811, le général Jordy était allé à Baden où il soignait ses nombreuses blessures et où le Roi de Bavière “prenait les eaux”. Il lui avait rendu visite comme à son “ancien colonel du Régiment d’Alsace”. Le Roi de Bavière le décora pour sa “conduite au-dit Régiment” et pendant la campagne de 1796. Etrange époque : l’ancien soldat devenu général retrouvait son colonel devenu Roi !

LE GÉNÉRAL D’EMPIRE

En 1806, une 4° coalition, toujours autour de l’Angleterre, se constitua. Le général Kellermann, devenu Maréchal et Duc de Valmy, organisait les troupes françaises en Allemagne. Il confia à Jordy la mission de mener une troupe de 5.000 hommes à Berlin. Mais Napoléon poursuivit sa progression en Pologne et s’installa à Varsovie fin décembre 1806. Avec des troupes isolées et des soldats égarés intégrés à sa troupe, le général Jordy arriva à Varsovie le 13 janvier 1807.

Très satisfait de Jordy, l’Empereur passa ses troupes en revue, félicita le général qu’il nomma gouverneur de Thorn, sur la Vistule. Le 7 août 1807, il eut l’occasion de montrer son énergie et son sens du devoir. Une prolonge d’artillerie s’enflamma à proximité d’un magasin de poudre contenant “500 milliers de poudre” et explosa, détruisant plusieurs maisons. Le toit du magasin commençait à brûler lorsque le général, malgré les handicaps dus à ses blessures, se précipita avec quelques soldats pour éloigner la prolonge. Lui même raconta : “ ... la maison est ouverte de toute part, la toiture enlevée et le marnage en feu sur les caisses et les tonneaux pour ainsi dire à découverts. Le danger est évident, la ville entière doit périr si l’on n’y apporte le plus prompt des secours. L’habitant croit se sauver par sa fuite ; mais je suis commandant de la place. L’honneur me dicte mon devoir. Je passe sur les décombres et j’arrive au faîte de la maison. Le caporal Réaux, des sapeurs, me joint. Nous sommes sur le volcan. Nous arrachons et précipitons au loin les matières enflammées, les progrès du feu sont arrêtés, la ville est sauvée”. De passage à Thorn quelques semaines plus tard, la Maréchal Berthier lui exprima sa satisfaction.

Le 22 octobre 1807, le général Jordy se rendit à Berlin où il reçut l’ordre de rejoindre Mayence dont il fut nommé gouverneur. Mais, le 18 novembre 1807, il fut renvoyé à Landau.

Il y resta jusqu’en 1812. En juin de cette année 1812, à la tête d’une armée de 700.000 hommes, l’Empereur passa le Niémen et se dirigea vers Moscou. Le général Jordy, âgé de 54 ans, ayant reçu au cours de sa carrière 18 blessures dont 7 avec fractures, ayant perdu l’usage d’un oeil, gravement handicapé des hanches, ne fut pas convié à cette expédition. L’Empereur lui confia le gouvernement militaire de Genève et de toutes les troupes du département du Léman (entre le Lac Léman et le département du Mont-Blanc).

En 1813, le général Jordy fut assiégé dans Genève par une armée de 20.000 hommes, commandée par le général autrichien Bubna. Dans l’impossibilité de résister, il rendit la place le 30 décembre 1813. Genève se proclama indépendante en janvier 1814.

Agé de 55 ans, à peine rentré en France, le général Jordy fut frappé par un accident vasculaire cérébral qui lui ôta l’usage de ses deux jambes. Il se vit dans l’obligation de demander sa mise à la retraite.

LA RETRAITE DU GÉNÉRAL JORDY

Après la désastreuse campagne de France, Napoléon I° abdiqua à Paris le 6 avril 1814. Le 2 mai, le Roi Louis XVIII fit son entrée dans la capitale que l’Empereur déchu avait quittée pour prendre le chemin de l’exil à l’Ile d’Elbe.

Le 2 octobre 1814, le Duc de Berry, neveu de Louis XVIII, remit au général Jordy les insignes de Chevalier de Saint-Louis.

Mis à le retraite, il s’installa à Strasbourg, au 29 de la Rue des Hallebardes. Lorsque Napoléon I° revint en France en mars 1815 (Les “Cent Jours”), il ne reprit pas de service. Après le désastre de Waterloo (18 juin 1815), Napoléon abdiqua définitivement et partit pour l’ile de Sainte-Hélène.

Le 8 septembre 1817, Nicolas-Louis Jordy, Maréchal de Camp en retraite, fut fait “Officier de l’Ordre Royal de la Légion d’Honneur” et prêta serment au Roi Louis XVIII et signa dès lors “le Chevalier de Jordy”.

Le général Jordy se retira à Strasbourg où il décéda le 7 juin 1825 à l’âge de 67 ans.

Dans ses “Mémoires” publiées par sa fille en 1894 (Tome III- Paris 1894- P.415-416), le Général Baron Thiébaut, dont les jugements sont souvent d’une redoutable cruauté, porte sur le Général Jordy le jugement suivant :

“ Le Général Jordy ... n’avait rien de ce qui constitue l’homme transcendant ou l’homme du monde ; mais né avec l’amour et l’instinct de la guerre, il était du petit nombre de ces braves qui sont la gloire de leurs chefs et l’honneur des armées auxquels ils appartiennent...

En nommant ici le Général Jordy, ... j’ai voulu citer un exemple de ces illustrations, qui, fondées sur de nombreux faits héroïques, peuvent être en même temps ... tombées dans un profond oubli.”

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ETATS DE SERVICES DU Gal JORDY (1808) (document complet)
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