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    Accueil :
    du lundi au vendredi : de 09h à 12h et de 15h à 17h.

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    Tél : 03.87.03.70.32. Fax : 03.87.03.75.90 / courriel : mairie@abreschviller.fr .

Histoire du village

La Libération (20 Novembre 1944)

LA LIBÉRATION ( 20 NOVEMBRE 1944)

Le 25 Août 1944, le lieutenant Henri Karcher, de la 2° Division Blindée commandée par le Général Leclerc de Hautecloque, captura le Général von Choltitz, commandant allemand de la place de Paris.

Bien que né à Saint-Dié, Henri Karcher était originaire d’Abreschviller. Il était le neveu du pionnier de l’aviation Pierre-Marie Bournique. Son père, le capitaine Louis Karcher avait été tué à l’ennemi en Août 1914, et sa mère, Andrée Bournique, épousa en seconde noce le capitaine Louis Béjard qui fut, en 1940, le général commandant la 101° Division d’Infanterie de Forteresse dans le secteur de Maubeuge.

En 1939, Henri Karcher avait terminé ses études de chirurgie et était assistant d’un Professeur de la Faculté de Médecine de Paris. Bien que réformé définitif pour raisons de santé, en janvier 1940, il s’engagea pour la durée de la guerre comme soldat d’infanterie au 24° R.I., refusant d’être intégré à un service de santé. Adjudant en juin 1940, il rejoignit les Forces Françaises Libres en Angleterre, participa à l’expédition de Dakar en qualité de sergent, puis à la campagne du Gabon en Novembre 1940.

Il se battit en Syrie où il fut blessé : à demi inconscient, il déclara au médecin-major qui donnait l’ordre de l’amputer d’un bras : “ Je suis chirurgien et je sais que tu peux sauver mon bras. Si tu m’amputes, je te descendrai !”. Son bras fut sauvé.

Promu lieutenant au 5° Bataillon de Marche de la DFL, il se battit à El Alamein (Octobre 1942) puis rejoignit la 2° D.B. du Général Leclerc en Angleterre en Mai 1944 et débarqua le 1° Août 1944 en Normandie. Blessé le 11 Août, il refusa d’être évacué, rêvant d’être parmi les premiers Français Libres à entrer dans Paris. Le 25 Août, à la tête de sa section, il remontait la Rue de Rivoli, entrait l’arme au poing dans l’Hôtel Meurice, QG du Général Commandant Paris, abattait l’un des gardes et pénétrait dans le bureau du Général von Choltitz dont il obtenait la reddition.

Henri Karcher termina la guerre comme capitaine, aide de camp du Général Koenig, Gouverneur de Paris. Le 17 Novembre 1945, le Général de Gaulle le fit “Compagnon de la Libération” (1). Chirurgien réputé, il se lança en politique lors du retour du Général de Gaulle en 1958 : député de Paris, puis de la Moselle, vice-président de l’Assemblée Nationale, il décéda le 31 Juillet 1983 à Sarrebourg et fut inhumé au cimetière d’Abreschviller. Deux places portent son nom : dans le 1° Arrondissement de Paris et à Abreschviller. Une plaque commémorative fut apposée sur la façade de la maison familiale Bournique-Karcher, Rue Pierre-Marie, à Abreschviller.

La Libération de Paris n’était pas la fin de la guerre.

Le 31 Aout, la III° Armée du Général Patton passa les Côtes de Meuse, se dirigeant vers Nancy, Verdun et Metz. Mais, l’élan américain fut brisé par le manque d’essence, laissant aux Maréchaux Model et von Rundstett l’occasion de se ressaisir.

Du 12 au 15 Septembre 1944, la plus grand bataille de chars de la Campagne de France opposa à Dompaire (Vosges) la 2° D.B. soutenue par l’aviation américaine à la 112° Panzerbrigade de la V° Armée de Panzer du Général von Manteuffel. Malgré sa supériorité technique, Manteuffel se retira ayant perdu 43 chars Tigres. C’est après cet échec que Manteuffel séjourna à Abreschviller, son armée étant mise en réserve en attendant l’offensive dans les Ardennes où il affronta les troupes du Général Patton à Bastogne (17 Décembre 1944- 17 Janvier 1945).

Alors que les Américains avaient libéré Toul le 3 Septembre et Nancy le 15 du même mois, Metz ne fut libérée que le 22 Novembre après de très durs combats.

Aux pieds des Vosges, la 7° Armée américaine du Général Patch comprenait le 15° Corps d’Armée dont dépendait la 2° D.B. du Général Leclerc, tenue en réserve dans la région de Baccarat. Le Général Wade Haislip, commandant le 15° C.A., avait reçu l’ordre de s’emparer de Sarrebourg et de pénétrer en Alsace du Nord par le col de Saverne. L’objectif assigné à la 2° D.B. était Saverne et non Strasbourg qui devait être libérée par le 6° Corps d’Armée américain et la 1° Armée française.

Le 12 Novembre, le Général Leclerc convoqua les quatre commandants des Groupes Tactiques de la 2° D.B., les Colonels de Langlade, Dio, de Guillebon et Rémy pour les informer des possibilités de franchissement des Vosges. Le Général les informa également d’itinéraires prévus pour contrecarrer les initiatives ennemies, pour prendre Saverne à revers et entrer en Alsace afin d’être en position favorable pour obtenir du commandement américain l’ordre de prendre Strasbourg.

Le lendemain, les Américains se heurtèrent à la “Vorvogesenstellung”, fortification hâtivement mise en place par les Allemands avec la main d’oeuvre civile locale pour interdire l’accès des Vosges. La neige et le verglas gênaient considérablement les opérations.

Le 17 Novembre, le Commandant de La Horie prit Badonviller ; le lendemain, l’Enseigne de Vaisseau Philippe de Gaulle participa glorieusement à la prise de Cirey où le Général Leclerc installa son P.C. le 19 Novembre. Le Colonel Dio reçut l’ordre de contourner Saverne par la Petite-Pierre. Le groupement Langlade devait rejoindre la Petite-Pierre en passant par le Rehtal et Dabo. Le Colonel de Guillebon restait en soutien de Langlade.

Le 19 Novembre, au lever du jour, le sous - groupement Morel-Deville, du Groupe Tactique Rémy, se heurta aux “Alpenjäger” en train d’installer un barrage de troncs de sapins près de la ferme Saint-Michel à Lafrimbolle. Le sous - groupement Massu prit la relève. Monsieur Mosimann, de la ferme Saint-Michel, avait entendu des officiers allemands installés dans sa cave dire qu’ils n’avaient pas pu miner le secteur du carrefour où se trouvait le barrage faute de mines. Le Commandant Massu, informé, lança son infanterie à travers les bois, contournant le barrage, faisant 40 prisonniers et démantelant une autre barricade dressée devant la ferme de la Cense-Manée : la route de Dabo était ouverte.

Saint-Quirin fut traversé vers 14 heures ; avant d’atteindre le lieu-dit “les Deux-Croix”, le Groupe Massu passa devant cinq barrages non – défendus. Le village de Lettenbach fut passé en trombe ; les ponts sur la Sarre étaient intacts, une batterie de 88 abandonnée, ses tubes dressés vers le ciel.

A 14 heures 40, Abreschviller étant laissé de côté, la colonne fonçait vers Eigenthal, dédaignant les colonnes ennemies qui avaient pris position sur les crêtes au Nord du village.

Dans ces occasions, les nombreux lorrains engagés dans la 2° D.B. servaient de guides, leur connaissance du pays étant précieuse. Le Caporal-Chef Jeandel raconte : ” Notre groupe de reconnaissance avec l’Adjudant Collin, d’Abreschviller, fonce devant les chars par Saint-Quirin, Lettenbach, Eigenthal, Saint-Léon, Walscheid, sans avoir été immobilisé par des barrages qui n’ont pas eu le temps d’être utilisés par l’ennemi en pleine déroute et recherchant le sauve-qui-peut”.

Les troupes françaises laissaient derrière elles des groupes de soldats allemands parfois démoralisés, mais parfois encore très agressifs.

Ainsi, ce soir du 19 Novembre, des habitants d’Abreschviller qui s’étaient réfugiés dans des grottes près d’Eigenthal par crainte de combats violents dans le village, rentraient chez eux lorsqu’ils furent arrêtés par un groupe de soldats allemands ; en contrôlant les papiers de ces personnes, l’officier se rendit compte que l’un d’eux avait l’âge de servir dans la Wehrmacht et était donc un déserteur. Il ordonna à ses soldats de le fusiller, mais le jeune lorrain parvint à s’enfuir à travers les jardins malgré les tirs des soldats.

Le lendemain, lundi 20 Novembre, rentrant chez elle par la Route Forestière après son travail, une habitante de Lettenbach fut arrêtée par un groupe d’une quinzaine de soldats allemands qui désiraient se rendre à un officier français “par crainte des terroristes”. Les ayant amenés chez elle, elle leur fit du café et se mit en quête d’un officier. Ayant arrêté une jeep qui passait, elle procéda, sur l’ordre de l’officier français, au désarmement des soldats et les fit sortir de chez elle pour les remettre aux troupes régulières.

Ce même 20 Novembre, le village de Nitting fut bombardé par l’aviation américaine. En effet, 12 chars Tigres avaient pris position dans ce village pour empêcher le passage du canal par les troupes américaines venant de Lorquin. La bataille dura deux jours. Les dégâts furent considérables : toutes les maisons reçurent des impacts de balles ou d’éclats d’obus ou de bombes, 36 maisons furent incendiées ainsi que le clocher de l’église. De nombreux soldats allemands furent tués, un américain qui avait tenté de traverser le canal et deux habitants ; cinq autres furent blessés.

La libération d’Abreschviller se fit sans trop de dommage : plusieurs grosses bombes étaient tombées sur le quartier de la gare prise comme cible par l’aviation américaine le 18 Novembre. Une maison fut détruite. L’église fut en partie endommagée et les vitraux de la chapelle du cimetière brisés.

La libération ne fut pas une fête : les allemands n’étaient pas loin et restaient dangereux ; de nombreuses famille attendaient le retour d’un père ou d’un fils dont on n’avait plus de nouvelles. Les expulsés ne revinrent de Romans que le 13 Mai 1945. Les prisonniers de Tambow rentrèrent encore plus tard, et dans quel état ! Et quand tous ceux qui devaient rentrer furent de retour, la vie eut du mal à reprendre : “Nous n’avions pas vécu la même guerre” dira un témoin. Les rancoeurs, les jalousies ne se manifestaient que par des non-dits, des allusions venimeuses, des sourires en coin et des gestes ironiques.

En 1940, les Allemands vainqueurs disaient : “ Vous, Lorrains, vous n’avez pas à vous plaindre, vous êtes toujours avec les vainqueurs !”. Certes, malgré eux. Et de ce fait, toujours suspects aux yeux des vainqueurs du moment. Suspects aux yeux des Français en 1918, suspects aux yeux des Allemands en 1940, à nouveau suspects aux yeux des Français en 1945 ! “Welschs” pour les uns, “Boches” pour les autres, alternativement... Une situation inconfortable dont les traces ne sont pas effacées soixante ans après.

En 1944/45, plus de 600 jeunes lorrains réfractaires à la Wehrmacht furent arrêtés par la Sécurité Militaire américaine et détenus dans un camp de prisonniers à La Flèche (Sarthe) avec des soldats allemands prisonniers, requinqués par les succès de l’offensive des Ardennes. Ils n’en sortirent que cinq mois plus tard, humiliés, déçus et incapables de se justifier. “S’ils ont été prisonniers des Américains, ce n’est pas sans raison”. Comme les anciens prisonniers de Tambow, il faudra des années aux “Fléchards” pour raconter leurs incompréhensibles malheurs.

Ces tracasseries furent épargnées aux habitants des régions de Sarrebourg-Château-Salins par le Lieutenant Georges L’Hôte (2) chargé de la Sécurité Militaire. Connaissant bien le pays et ses problèmes, il sut calmer les esprits et éviter les débordements de toutes sortes. Grâce à lui, les jeunes de la région échappèrent à l’internement , à quatre exceptions près : trois jeunes de Fribourg et Roger Denner, d’Abreschviller, qui furent arrêtés par les Américains et envoyés à La Flèche avant qu’il n’ait pu intervenir.

Pierre Lutz raconte ainsi la fin de la guerre :”Il y avait tout un contingent de soldats américains qui occupait le village et vivait en parfaite amitié avec la population, et surtout des soldats de la Division Leclerc qui avait libéré Abreschviller....Ils n’en finissaient pas de nous raconter leurs souvenirs...Cependant, les troupes allemandes repliées en Palatinat reprenaient du poil de la bête...et les Américains parlaient de se retirer...L’armée von Rundstett pouvait revenir et imaginez les représailles sur la population qui avait tout récemment sorti ses drapeaux français...Heureusement, une vigoureuse contre-attaque les obligea à capituler en Janvier 45 ...”.

La chute de Berlin et la capitulation allemande du 8 Mai 1945 mirent fin à l’état de guerre, mais la vie continua à être difficile pour tout le monde pendant des années. Abreschviller se remit au travail, mais le ravitaillement ne s’améliorait que lentement à cause des difficultés dans les transports : routes détruites par le passage des troupes blindées, manque de locomotives et de wagons, pénurie d’essence et de charbon, etc...C’est l’application du Plan Marshall mis en oeuvre par les Américains qui permit à la France de se relever de ses terribles destructions.

La vie reprit ses droits, la France entra dans une longue période de reconstruction qui annonçait les “Trente Glorieuses”.(3)

(1) Ordre créé par le Général de Gaulle le 16 Novembre 1940 à Brazzaville pour récompenser les plus valeureux soldats et les collectivités civiles ayant oeuvré en France occupée comme dans l’Empire ou chez les Alliés. En 1946, la liste fut définitivement arrêtée à 1.061 Compagnons (dont Winston Churchill et le Général Eisenhower), parmi lesquels cinq villes (Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors et l’Ile de Sein) et dix-huit unités combattantes. La région de Sarrebourg peut s’honorer d’un autre Compagnon : Lucien Cambas, né à Saint-Quirin, qui s’illustra dans la Résistance dans le Sud-Ouest de la France où il s’impliqua dans l’unification des mouvements de Résistance qui infligèrent de lourdes pertes à l’ennemi.

(2) Georges L’Hôte (1911-2001) fut instituteur, puis professeur de cours complémentaire et fondateur du Lycée Professionnel Labroise de Sarrebourg dont il fut le premier proviseur. Il fut chargé de mission dans le cabinet de Pierre Messmer, Premier Ministre et Maire de Sarrebourg. Il est très connu pour ses ouvrages consacrés au folklore lorrain (Il est le père de “la Mélie Tieutieu”, personnage truculent, archétype de la cancanière lorraine). Ce n’est que très tard qu’il publia ses souvenirs sur la sombre période de l’après-guerre dans “ Sans haine ni passion : un officier de Sécurité Militaire témoigne-1944-1945 à Nancy, Metz et Strasbourg” (Ed. Serpenoise-1994.)

(3) Les “Trente Glorieuses” : expression de l’économiste Jean Fourastié désignant la période de 1945 à 1975 pendant laquelle les pays développés connurent une croissance sans précédent.

Char de la 5° Armée de Panzer (document complet)
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Char Mark IV à Abreschviller (Septembre 1944)

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