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Histoire du village

22- Le retour à la France

1918 : LE RETOUR À LA FRANCE

L’historien Sarrebourgeois Louis KUCHLY (1) analyse l’état d’esprit des Lorrains pendant l’Annexion : “ Il est de bon ton de dire et d’écrire que les Lorrains ... attendaient avec impatience, depuis 1871, le retour de leur province dans le giron de la France. Ce n’est pas tout-à-fait exact... Le “Reichsland Elsass-Lothringen”... faisait l’objet d’une bienveillance particulière et paternelle du Kaiser...L’administration allemande gérait avec aménité les affaires, la justice était débonnaire, à l’école on apprenait aux enfants, soit la langue allemande, soit la langue française...Les impôts étaient légers et un système de protection sociale particulièrement bénéfique pour les ouvriers et employés avait été mis en place...Le chômage n’existait pas, les paysans vendaient leur blé, leur vin et leurs animaux en Allemagne...La plupart des Alsaciens et des Mosellans, ...du moment que les Allemands respectaient leurs idées concernant la religion et la langue, leur accordaient les mêmes libertés de déplacement, de penser, d’écrire que l’avaient fait les Français, ils étaient acceptés...L’opinion ... devint hostile quand ... les militaires ... parvenus au pouvoir vers 1914, décidèrent de germaniser les deux provinces gérées jusqu’alors avec douceur et tolérance.

Le 17 Novembre 1918, lors de son entrée à Metz, le Général de Maud’huy, nouveau gouverneur de la ville, déclara : “ L’Armée de la République apporte sur le sol lorrain la liberté et la justice. Vos familles, vos biens seront protégés ; vos institutions, vos traditions seront respectées.”

L’entrée des troupes françaises se fit dans l’enthousiasme dans les quartiers où n’habitaient que des framilles de souche française. Là où résidaient de nombreux fonctionnaires et commerçants d’origine allemande, l’ambiance était à l’inquiétude. La déclaration du nouveau Maire de Metz, Charles PREVEL, dans “Le Journal” du 25 Novembre 1918, n’était pas faite pour les rassurer : “ La difficulté consistera seulement dans l’obligatoire élimination des éléments boches”.

Dans ce but, la population d’Alsace-Lorraine fut divisée en quatre classes par l’administration française :

A- Les personnes ayant deux parents français ;

B- Les personnes issues de couples mixtes ;

C- Les étrangers dont les parents étaient nés dans un pays allié ;

D- Les étrangers dont les parents étaient originaires de pays ennemis.

LA MISE EN PLACE DE L’ADMINISTRATION FRANçAISE

Alexandre MILLERAND, futur Président de la République, fut nommé Président du Conseil d’Alsace et de Lorraine chargé de l’administration provisoire des provinces retrouvées. Les lois allemandes restaient applicables tant que la législation française ne serait pas introduite.

De nombreux malentendus gâchèrent ces retrouvailles avec la France : ainsi, les fonctionnaires français “de l’Intérieur” croyaient que la langue germanique parlée en Alsace et en Lorraine était l’allemand que leur avaient imposé les Prussiens. La méconnaissance du particularisme régionnal et la foi dans les légendes qui couraient en France du temps de l’Annexion sur le “martyre des Provinces perdues” furent à l’origine de bien des malentendus.

L’arrondissement de Sarrebourg revint à la France tel qu’il avait été avant l’Annexion :

-57 communes étaient dialectophones ;

-42 communes étaient francophones ;

-8 communes étaient bilingues.

En vertu d’un arrêté du Commissaire de la République de Metz en date du 21 Novembre 1918, les membres des conseils municipaux encore en fonction se réunirent pour choisir parmi les citoyens français les personnes aptes à administrer les communes. A Abreschviller, le 30 Novembre 1918, se réunirent tous les conseillers élus avant la guerre auxquels se joignirent Louis Duchâteau, Ernest Stenger, Paul Messang, Charles Souter, Sylvain Maire et Constant Marchal, un vétéran de 1870. Ils élirent Maire Maxime Demange (épicier) et Adjoint Joseph Cayet (hôtelier).

Ce Conseil Municipal n’était que provisoire et, après de nouvelles élections, le 10 Décembre 1919, Max Demage fut confirmé dans ses fonctions et Joseph Cayet fut remplacé par Joseph Nafziger (décédé en 1928, ce dernier fut remplacé par Eugène Nopre (forgeron) le 2 Juin 1928).

Il fut demandé à ce Conseil Municipal de se livrer à une véritable “épuration” (2) en désignant “ les personnes suspectes qui, par leurs actes et paroles ont nui ou cherché à nuire aux habitants d’Abreschviller sous le régime allemand”. Bon gré mal gré, le Conseil Municipal obtempéra et, dans sa séance du 14 Décembre 1918 dressa une liste de 12 personnes destinées à être expulsées vers l’Allemagne. Le furent-elles réellement ?

Au coeur des préoccupations des Lorrains se trouvait le respect par une France qui avait beaucoup changé depuis 1871, du “statut local” que les Allemands avaient respecté pendant l’Annexion : la législation religieuse ( le Concordat de 1801 était toujours en vigueur alors que la Loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 y avait mis fin en France) et scolaire (la loi Falloux, garantissant la liberté de l’enseignement avait été rendue caduque par les lois de Jules Ferry), auxquelles il convient d’ajouter les lois sociales allemandes.

Les Lorrains étaient très méfiants, et, dès le mois de Mai 1919, une pétition circula, demandant le maintient des écoles chrétiennes en Lorraine.

En vue des élections législatives, sénatoriales et générales de 1918, un parti politique émergea : l’Union Républicaine Lorraine, né de la fusion du Parti Lorrain et du Zentrum, partis politiques très bien implantés en Lorraine pendant l’Annexion. Comme ses prédécesseurs, l’U.R.L. était un parti catholique, patriote et attaché au particularisme lorrain.

Le Maire de Walscheid, Louis MEYER, fut élu député de la Moselle. Au Conseil Général, le canton de Sarrebourg fut représenté par Louis GASSER (3), négociant en bois, et celui de Lorquin par L.THIRY, Directeur de l’Ecole d’Agriculture de Tomblaine, orriginaire de Lorquin. Louis Gasser aurait aimé que Félix HENRY, qui était son neveu et le Directeur de sa scierie de Vasperviller, soit candidat au Conseil Général, mais ce dernier préféra le Conseil d’Arrondissement. L’U.R.L. proposa au Sénat la candidature du Colonel de Gendarmerie en retraite HERQUE, habitant Lorquin.

Les habitants du canton de Lorquin avaient de nombreux problèmes à résoudre : des réclamations concernaient les dommages de guerre, car les commissions devaient terminer leurs enquêtes au plus tôt et de nombreux habitants craignaient d’être oubliés. Les agriculteurs de la région de Lorquin demandaient que le “tacot” (tramway à voie étroite Decauville installé par l’Armée Allemande) qui longeait la Sarre de Lorquin à Niderhoff, puis traversait le Bois des Harcholins (4) pour rejoindre Cirey et le col de la Chapelotte, soit démonté et les terres rendues à l’agriculture (ce qui fut achevé en 1920). Le Maire de Laneuveville-les-Lorquin, M. ROCH, demandait que ses administrés soient indemnisés des dégâts causés par le “tacot” et que l’électricité soit installée dans son village ; le Maire d’Abreschviller demandait l’amélioration de l’éclairage public et la construction d’une route entre Abreschviller et Eigenthal, et une autre entre La Valette et Biberkirch.

A Abreschviller, depuis le guerre, il n’y avait plus ni sage-femme, ni médecin. En Octobre 1921, Mademoiselle Casper, sage-femme, s’installa avec l’aide de la Municipalité. Plusieurs jeunes médecins interrogèrent le Conseiller d’Arrondissement sur les conditions que la Municipalité pouvait leur offrir ; en Janvier 1925, le Docteur BENARD s’installa à Abreschviller et lui fut attribuée la somme de 2.000 Fr annuellement pour soigner gratuitement les indigents.

Après un demi-siècle d’éloignement de la France, il fallait rétablir les organisations professionnelles : ainsi, le Groupement Général des Bois de France (5) dans sa séance du 22 Mars 1921, admit le Syndicat de la Moselle qui désigna Félix HENRY pour le représenter à Paris aux négociations qui s’engageaient avec le Ministère de l’Agriculture sur le prix des bois allemands pour les régions libérées. Dès Juin 1920, il avait été proposé comme membre de la Commission d’Experts Alliés qui devait siéger à Francfort ou à Mayence pour représenter les régions de l’Est auprès de la Commission des Réparations.

LES INDUSTRIES DU BOIS

Abreschviller devait son développement à la forêt. La construction du train forestier et la ligne Abreschviller-Sarrebourg avaient permis l’établissement de nouvelles scieries dans le village lui-même. Mais, la véritable impulsion vint de la reconstruction après la guerre et des livraison de bois faites par l’Allemagne au titre des dommages de guerre.

Au début du siècle, une scierie avait été installée par l’administration des forêts allemande dans l’ancienne forge, sur les bords de la Sarre. L’administration française des Eaux et Forêts poursuivit l’exploitation de la SCIERIE DE LA FORGE, alimentée en bois par le train forestier.

La première scierie à profiter de la gare et de la ligne Abreschviller-Sarrebourg fut la scierie LUTZ installée avant la guerre.

Issu d’une famille fortunée qui possédait à Niderviller une scierie et un chantier naval, Florent MESSANG possédait à Abreschviller, en plus de son commerce de bois :

- une scierie à vapeur construite en 1890 sur le site de l’ancienne taillerie de verre ;

- une pisciculture créée en 1905 à proximité de la Sarre ;

- une usine d’électricité installée en 1906 dans un bâtiment près de la scierie, avec une machine à vapeur Corliss entraînant trois dynamos de 24 V. en courant continu ; le village fut alimenté en electricité par cette usine jusqu’en 1925.

André MESSANG, au début de 1920, construisit une nouvelle scierie à vapeur près de la gare d’Abreschviller où fut construit un quai de chargement.

Le scierie LUPPY sciait à façon et divers marchands de bois s’installèrent ensuite à proximité de la gare au début des années 30 : COURTOIS, courtier en bois, installa un dépôt et P.VALTER fournissait les Mines de Lorraine.

Joseph BOURNIQUE étant décédé en 1915, sa veuve poursuivit l’exploitation de leur scierie, devenue scierie BOURNIQUE-KARCHER, dans la vallée de la Sarre Rouge, au lieu-dit “le JOLO”. Le train forestier alimentait la scierie en grumes et transportait ensuite le bois scié jusqu’à Abreschviller où l’entreprise possédait un dépôt.

Située un peu en aval du Jolo, près du carrefour de Grand-Soldat, au lieu-dit Rommelstein, la scierie DONNEVERT-LEROY utilisait les même moyens de transport.

Installée depuis 1862 au Hirschsthal, en pleine montagne, la scierie JUNG et CHRISTOPHE profitait également du train forestier pour apporter à Abreschviller les bois sciés et les déposer sur un chantier à proximité de la gare. La scierie ne fut installée qu’après la Seconde Guerre Mondiale.

Fort de ses nouvelles fonctions, tant électives que professionnelles, déçu de ne pouvoir être associé aux affaires de son oncle, Félix HENRY acheta une maison à Abreschviller, quitta la Société Gasser et entreprit de construire une nouvelle scierie à Abreschviller. Les travaux commencèrent le 12 Août 1922 sur des terrains à proximité de la gare. L’exploitation commença le 19 Mars 1923.

UNE NOUVELLE PROSPÉRITÉ

Abreschviller n’avait jamais été un village très agricole. Les deux fermes les plus importantes étaient les fermes Blettner et Vild, sans oublier la ferme Bechler à La Valette. Mais, de très nombreuses familles entretenaient un petit train de culture qui était un appoint non négligeable de l’économie familiale : une paire de bovins, une basse-cour et souvent un porc et quelques chèvres.

En plus des activités traditionnelles d’un village lorrain, de nouvelles activités voyaient le jour. Louis LUTZ, déjà propriétaire d’une scierie, avait installé à l’arrière de sa maison, au centre du village, un élevage avicole. Cette entreprise techniquement très en avance sur son temps, avec des couveuses électriques et un système d’éclairage et d’alimentation des volailles, ne fut jamais très prospère : la concurrence des petites exploitations familiales était trop forte.

M.FOERSTER, marchand de cycles, se tourna vers l’automobile et, en 1925, installa une pompe à essence devant son garage.

Le contrat d’électrification du village qui liait la Commune à la Société MESSANG et MENA venant à expiration le 31 Juillet 1925, la Municipalité décida de ne pas le reconduire. Elle se tourna vers la Société Alsacienne et Lorraine d’Electricité et lui confia pour quarante ans l’éclairage des rues et l’alimentation des particuliers.

Les cloches de l’église ayant été brisées et emportées par les Allemands pendant le conflit, il fut décidé d’acquérir de nouvelles cloches auprès de la Société FARNIER de Robécourt (Vosges), pour la somme de 40.000 Fr entièrement payée par un excédent de la vente de bois de 1919. Les quatre cloches ainsi acquises pesant 3.200 kg, il fallut faire d’importants travaux de consolidation du clocher de l’église.

En Mars 1922, après consultation de la population, le Conseil Municipal décida de construire une Salle des Fêtes, à côté de l’école, à l’emplacement de l’ancien “Hôtel du Donon” qui avait été installé de l’autre côté de la rue. L’architecte BUCHMANN proposa un devis de 151.205 Fr 76 qui fut accepté. Les travaux furent mis en adjudication et, fin 1924, le gros oeuvre était terminé.

Abreschviller, comme la France entière, se remettait de la guerre. S’il était relativement aisé de se remettre au travail, il était beaucoup plus difficile de retrouver la paix intérieure : il fallait reconstruire un sentiment national que quarante-huit ans d’éloignement de la France, dont quatre ans de guerre, avaient mis à mal.

NOTES

(1) Louis KUCHLY : “ Pierre Dupuis, cet inconnu”-Publication de la SHAL- Sarrebourg-2001. P. 32-33.

(2) Epuration : ce mot fut utilisé pour la première fois en Lorraine après la Première Guerre Mondiale. Il devait malheureusement connaître une nouvelle fortune après la Seconde Guerre Mondiale et justifia bien des vengeances et des motivations encore aujourd’hui inavouables.

(3) Louis Gasser (1853-1926) exploitait depuis 1893 une scierie à vapeur à Vasperviller, à proximité de la ligne de chemin de fer qui avait été ouverte en 1891. Outre deux scieries à haut-fer dans le Massif du Donon et d’importantes forêts dans la vallée de la Sarre Blanche, il possédait un chantier à Hesse, sur la Canal de la Marne au Rhin.

(4) Roland KLEINE : “La forêt des Harcholins”-SHAL- Sarrebourg-2011- P.74- 75.

(5) Groupement Général des Bois de France : organisation patronale des scieurs et métiers du bois.

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