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    rlfrancois.fischer@orange.fr

    06 71 47 21 10 – 03 87 03 76 12

Histoire du village

Le jumelage

LE JUMELAGE ABRESCHVILLER-ALBERSWEILER.

En trois quarts de siècle, la France et l’Allemagne se sont affrontées trois fois dans des guerres de plus en plus meurtrières. Victime de l’ambitions de Bismarck voulant faire l’unité de l’Allemagne au profit de son maître le Roi de Prusse en faisant de la France l’ennemi commun de tous les Allemands, la France fut mutilée et humiliée. Et l’esprit de vengeance empoisonna les relations internationales pendant plus de quarante ans.

D’une guerre atroce de quatre ans étendue au monde entier, la France sortit vainqueur, ruinée, mais vengée ! Vingt-deux ans après l’humiliation infligée à l’Armée Allemande à Rethondes le 11 Novembre 1918, celle-ci défila en vainqueur sur les Champs-Elysées.

Depuis 1870, les Alsaciens et les Lorrains de Moselle ont changé quatre fois de nationalité : ces tribulations ont-elles réellement fait naître une petite Patrie “Alsace-Lorraine” ? Ce terme couramment utilisé pendant la Première Annexion (1871-1918) ne recouvre aucune réalité. Unis fortuitement par la force brutale du vainqueur, Lorrains et Alsaciens n’ont ni la même histoire, ni la même culture, même si une partie des Mosellans utilise une langue germanique assez proche du dialecte alsacien. D’ailleurs, pendant l’occupation nazie, l’Alsace et la Lorraine Annexée ne furent pas soumises au même “Gauleiter”.

Alsaciens et Lorrains n’ont pas la même attitude face à leur passé. Observateur pertinent et impartial de nos réalités régionnales, le journaliste Jacques Gandebeuf, originaire d’Auvergne, observe : “ En Allamans heureux, fiers de leurs origines, les Alsaciens se rebiffent avec humeur dès que l’on farfouille un peu trop dans la ramure de leur arbre généalogique. A l’inverse, en Lotharingiens frileux, les Mosellans nous paraissent plutôt fatalistes... Fatigués d’avoir dû raconter cent fois la même histoire, ils auraient même tendance à hausser les épaules quand ils se font traiter de “Boches de l’Est” par quelque Astérix de bistrot” (1).

Après les humiliations des Annexions, Alsaciens et Mosellans sont encore humiliés par l’obligation de prouver leur appartenance à la Nation Française en fournissant à l’administration un “certificat de réintégration dans la nationalité française”. A la question du Sénateur Roger Husson, le Garde des Sceaux répondit, en 1997 (2) : “Près de quatre-vingts ans après le Traité de Versailles, les personnes réintégrées ou les descendants de celles-ci devraient normalement pouvoir justifier d’une possession d’état de Français de nature à éviter le recours aux certificats de réintégration”.

L’annexion de 1940 se fit en contrevenant aux accords d’Armistice. Les populations annexées eurent immédiatement conscience de la violence qui leur était faite. La germanisation fut brutale et l’incorporation de force des jeunes gens dans les organisations nazies et dans la Wehrmacht poussèrent la population à toutes les formes de la résistance à l’oppression. La répression fut féroce et les Alsaciens et les Lorrains en rendirent responsable les nazis plutôt que les Allemands en général. D’ailleurs, de nombreux Allemands présents à cette époque dans les territoires annexés furent tolérants et n’hésitèrent pas à prévenir les Lorrains des agissements de la Gestapo.

La violence nazie fit prendre conscience à la population de son attachement à la France, et les mouvements autonomistes, nés des maladresses de l’Administration française après le Traité de Versailles, disparurent après la Deuxième Guerre Mondiale. Les Allemands, quant à eux, comprirent que le rapprochement avec la France était indispensable à l’établissement d’une paix durable.

Cinq ans après la capitulation allemande, le Chancelier Konrad Adenauer plaida pour un rapprochement franco - allemand. Il trouva un partisan de l’ “Europe des petits pas” dans le Ministre français des Affaires Etrangères Robert Schuman, un Européen convaincu : avocat à Metz, né dans le Grand-Duché de Luxembourg et ayant fait ses études en Allemagne.

Ainsi fut fondée la “Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier” (C.E.C.A.) regroupant L’Allemagne, la France, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg (23 Juillet 1952).

Les bases de la coopération franco-allemande sur laquelle s’est ensuite construite l’Union Européenne, furent établies par le Général De Gaulle et le Chancelier Adenauer lors de la signature du Traité de l’Elysée le 22 Janvier 1963.

Les avancées politiques ne pouvaient se faire sans une adhésion sincère des peuples. Jusqu’à cette époque, les Français rendaient les Allemands responsables de la guerre ; les Allemands trouvaient les Français bien arrogants malgré la place relativement modeste qu’ils avaient tenue dans la victoire alliée de 1945.

C’est dans ce contexte de rancoeurs pas encore apaisées que naquit l’idée d’un jumelage.

L’histoire du jumelage Abreschviller - Albersweiler commença comme un conte. Fin 1960, la secrétaire de la mairie d’Abreschviller trouva dans la boite aux suggestions du panneau d’affichage municipal une simple enveloppe usagée ne portant que le tampon postal d’un village allemand du même nom que celui que portait Abreschviller pendant la guerre : Albersweiler ! Le Maire, le Docteur Pierre Bussienne y vit-t-il un signe du destin ? Il en parla à ses amis du Syndicat d’Initiative et ceux-ci prirent contact avec la municipalité d’Albersweiler, dans le Palatinat. Le Maire Walter Breunig se montra très favorable à une rencontre.

Les membres du Syndicat d’Initiative d’Abreschviller se rendirent donc à Albersweiler, y apportant un épicéa pris dans une forêt d’Abreschviller, qui fut planté le 16 Juillet 1961 près du canal des anciennes fortifications, non loin de l’église catholique.

Cette démarche pacifique ne fut pas du goût de tout le monde à Abreschviller, et des inscriptions vengeresses firent leur apparition sur les habitations de certains membres de la délégation : les blessures de la guerre étaient encore parfois à vif.

Les échanges amicaux se multiplièrent : matchs de foot - ball, concerts des chorales paroissiales et des harmonies municipales, contacts entre les pompiers des deux localités... Plusieurs années de suite, dans les années 80, le “Mariage de l’Ami Fritz” fut célébré des deux côtés de la frontière, grâce à Jean-Jacques Riehl, Président du Syndicat d’Initiative.

La routine menaçait et un nouveau souffle vint du Maire d’Abreschviller, Robert Weber, qui proposa au Maire d’Albersweiler, Hans Bosch, la signature d’une Charte de Jumelage. La Charte fut signée à Albersweiler le 31 Janvier 1993 et à Abreschviller le 14 Mars 1993. Cette Charte relançait l’amitié franco-allemande sur le plan local en ces termes :

“En accord avec nos Conseils Municipaux, et convaincus de répondre ainsi au voeu de nos concitoyens et d’oeuvrer à leur bien-être, décidons conjointement d’instaurer un jumelage entre Albersweiler et Abreschviller.

Par cet acte, nous souhaitons approfondir l’amitié entre l’Allemagne et la France, rapprocher les citoyens de part et d’autre de la frontière, poursuivre la mise en commun de notre vécu, convaincre les jeunes de se rencontrer et d’échanger leur culture.

Nous entendons ainsi contribuer à l’unification de l’Europe et à la paix dans le Monde.

Nous appelons tous nos concitoyens, et plus particulièrement notre jeunesse, à prendre une part active à ce jumelage et à s’efforcer de la faire vivre”.

Diverses initiatives vinrent confirmer ce rapprochement :

- le 2 Juin 2001, une rue d’Albersweiler prit le nom de “Abreschviller Strasse” ;

- le 30 Octobre 2004 fut inaugurée, par Robert Weber, à l’entrée d’Abreschviller, une plaque “Jumelée avec Albersweiler” ;

- le 11 Octobre le Maire Emmanuel Riehl mena une délégation d’une cinquantaine de personnes à Albersweiler ;

- le 13 Juin 2010 fut inaugurée à Abreschviller une “Place d’Albersweiler”.

Bien que la langue allemande ne soit pas davantage pratiquée à Abreschviller que la langue française à Albersweiler, la volonté d’établir des contacts durables et sincères est aussi forte des deux côtés de cette frontière qui n’est plus aujourd’hui que théorique.

Ce jumelage est exemplaire de la volonté de nos communautés d’apporter leur contribution à l’édification de l’Union Européenne. Ainsi se manifeste l’évolution des mentalités et le désir d’une franche amitié entre deux pays qui se sont déchiré pendant si longtemps.

(1) Jacques Gandebeuf : « La parole retrouvée » - Ed. Serpenoise - 1998- P.5.

(2) J.O. Sénat du 27/11/1997- Page 3323.

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