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Histoire du village

Le Comté de Dabo

HISTOIRE DU COMTÉ

Le comté de Dabo (1) est né de l’éclatement de l’Empire de Charlemagne. Comme l’Alsace dont il faisait partie, il dépendait de l’Empire germanique.

Selon la tradition, les comtes auraient eu deux châteaux : le château du Léonsberg, à Saint-Léon (commune de Walscheid) et la puissante forteresse construite sur le rocher de Dabo au pied duquel s’installa le village. S’il y eut réellement un château au Léonsberg (2), il fut abandonné dès le X° siècle ; celui de Dabo fut détruit en 1679 par une armée française commandée par le baron de Monclar ; détruit à cette occasion, le village fut reconstruit un peu plus bas.

Château de Dabo
Mais les seigneurs de Dabo, ayant pris parti pour leur suzerain l’Empereur d’Allemagne contre le Roi de France, quittèrent définitivement leur comté de Dabo dès la fin du XVII° siècle et confièrent à des intendants le soin de veiller sur leurs intérêts ; ils confièrent la vieille forteresse à des hommes d’armes qui se comportèrent en pillards et justifièrent ainsi la destruction du château sur l’ordre du Marquis de Louvois, Ministre de Louis XIV.

Même si le comté n’était pas régi par la Loi Salique, il passa à une autre famille lorsqu’il « tomba en quenouille », la dernière héritière d’une famille faisant passer le comté dans la famille de son époux. Ainsi, trois familles possédèrent Dabo :

  • la famille de Dagsbourg, issue des Ducs d’Alsace et des Carolingiens (IX°-X° siècle) ;
  • la famille d’Eguisheim jusqu’au début du XIII° siècle ;
  • la famille de Linange (von Leiningen), dont les descendants Linange-Heydesheim et Linange-Hartenbourg, résidèrent en Allemagne.

Le 9 Février 1801, fut signé le Traité de Lunéville entre le Premier Consul Bonaparte et l’Empire germanique : tous les territoires sur la rive gauche du Rhin furent reconnus à la France. Dépossédés de leur comté de Dabo, les princes de Linange reçurent des compensations en Allemagne : Mosbach (Bade-Wurtemberg) et, en Bavière, Amorbach et Miltenberg. « Altesses Sérénissimes » depuis 1825, les Princes de Linange portent encore aujourd’hui les titres de Comtes de Dagsbourg et d’Apremont (3).

Au XVIII° siècle, le comté de Dabo se composait de sept villages :

  • Dabo dont la première mention dans les archives remonte à 1091 ;
  • Walscheid et Abreschviller apparaissent vers 1050 ;
  • Hommert fut créé par décision du comte Philippe-Georges de Linange-Dabo par un acte du 10 Août 1623 ;
  • Harreberg fut fondé par un acte du 9 Novembre 1723 du Prince de Linange autorisant la construction d’une verrerie « sur l’emplacement du Harreberg ».
  • Engenthal (Bas-Rhin) fut fondé au XVIII° siècle ;
  • Voyer, fondé au XIII° siècle, fut longtemps l’objet de querelles entre la famille de Linange et l’Evêque de Strasbourg. En 1481, Voyer entra dans le comté de Dabo mais l’évêque de Strasbourg y conserva des droits. A cette époque, Voyer se trouvait sur la hauteur, beaucoup plus proche d’Abreschviller qu’aujourd’hui, et partageait avec Abreschviller son église qui se trouvait dans le cimetière (l’actuelle église paroissiale n’a été consacrée qu’en 1788). On ne sait à quelle époque le village de Voyer fut détruit et reconstruit plus bas, dans vallée d’un petit affluent de la Sarre.

Ce comté essentiellement forestier (plus de 13.000ha de bois), ne fut jamais très riche, et fut donc peu peuplé. C’est grâce à une politique de droits et de privilèges forestiers que les Linange parvinrent à attirer une population sur ces terres ingrates.

Comté Dabo XVIIIe

LES COMTES DE DABO

Comme tous les chevaliers, les sires de Dabo furent batailleurs, affrontant leurs voisins dans des guerres locales (les évêques de Metz et de Strasbourg, les comtes de Bar et les ducs de Lorraine,...), prenant part parfois à des expéditions lointaines ( en 1237, un comte de Dabo participa à la Croisade aux côtés des comtes de Bar, de Salm, de Vaudémont et de Réchicourt) et n’hésitant pas à participer à de sanglants tournois.

En 1200, les deux fils du comte Albert III s’entretuèrent dans un tounoi près de Liège ; en 1285, Emich de Linange, comte de Dabo, participa au plus célèbre tournoi de cette époque : le Tournoi de Chauvency (4) près de Montmédy où se retrouvèrent toutes les chevaleries de Lorraine, Alsace, Rhénanie, Flandre, Hainaut, etc... En 1392, les Linange furent au tournoi de Schaffhouse.

Ces activités dispendieuses exigeaient des revenus que le comté de Dabo ne pouvait assurer à ses seigneurs, lesquels tiraient d’ailleurs l’essentiel de leur fortune de leurs biens d’Alsace et d’Outre-Rhin.

DU XIV° AU XVIII° SIÈCLES

En passant à la famille de Linange, le comté de Dabo se trouva réduit à sa seule partie forestière, ayant perdu ses territoires en Alsace et en Lorraine.

La pauvreté et les difficultés du relief mirent parfois les populations à l’abri des pillards. Les comtes de Dabo, souvent revêtus de dignités impériales en Alsace, prirent part aux conflits qui surgissaient un peu partout en Alsace et en Lorraine ; mais leurs sujets de Dabo n’y participèrent souvent que par l’intermédiaire des faibles contributions qu’on pouvait exiger d’eux.

Au XIV° siècle, la peste qui désola et ruina l’Europe (la Grande Peste de 1348) frappa peu le comté. Les pillards de la Guerre de Cent-Ans (les « Anglais » et les « Ecorcheurs ») préférèrent piller la riche Alsace plutôt que se risquer dans ces contrées forestières aux richesses bien incertaines. Le XV° siècle se passa sans trop de heurts, les comtes de Dabo étant occupés à batailler en Alsace, souvent aux côtés des Empereurs allemands.

Au XVI° siècle, comme de nombreux seigneurs alsaciens, les comtes de Dabo se convertirent au Protestantisme. Au cours de la guerre que le Duc Antoine de Lorraine fit aux bandes de paysans révoltés (bataille de Saverne), le comté de Dabo connut quelques incursions de soldats lorrains, et le parcours de quelques bandes de paysans révoltés : « l’Armée des Tondus »..

Converti au Protestantisme, le comte Emich de Dabo tenta de s’emparer de forêts appartenant au Prieuré de Saint-Quirin qui dépendait de l’abbaye de Marmoutier ; un acte de 1605 mit fin au conflit (cf. plus bas “Le Vieux Château”).

Les Linange s’emparèrent de nombreux biens d’Eglise, accroissant ainsi leur fortune, et oubliant peu à peu leur pauvre comté de Dabo dont les habitants restaient profondément attachés au Catholicisme.

Conséquence de la Réforme Protestante, la Guerre de Trente Ans (1618-1648) ensanglanta l’Europe. L’Alsace fut mise à feu et à sang. Le Roi de France Louis XIII envoya dans les Vosges une armée de 10.000 hommes commandée par les Maréchaux de Brézé et de La Force. Le comté de Dabo fut occupé afin d’observer les mouvements ennemis ; la guerre entraîna une baisse de la population due à la famine, aux maladies et à la chute de la natalité.

A la fin de la guerre (1648), le comte Emich XII réoccupa son château de Dabo, et, en 1649, partagea ses biens entre ses fils :

  • Jean-Philippe, qui avait épousé Anne de Manfeld, fut à l’origine de la branche de Linange-Dagsbourg-Hartenbourg ;
  • Emich XIII époux d’Ursule de Fleckenstein, donna naissance à la branche de Linange-Dagsbourg-Falkenbourg.

En 1672, les comtes de Dabo s’installèrent définitivement dans leurs domaines allemands, renonçant à imposer à leurs sujets fort têtus, la Religion Réformée, alors que le principe « cujus regio, hujus religio » (celui qui est d’un royaume a la religion de celui-ci) imposé par la Paix d’Augsbourg (1555) laissait liberté de culte au seigneur et la possibilité d’imposer à ses sujets la religion qu’il avait choisie.

Louis XIV s’empara de l’Alsace grâce à la campagne d’hiver du célèbre Turenne en 1674. Le château de Dabo fut détruit par les troupes du baron de Monclar en 1677. Et en 1679, par le Traité de Nimègue, le comté de Dabo fut intégré au Royaume de France, mais restait possession de la Famille de Linange qui s’y fit représenter pendant plus d’un siècle, par des intendants.

L’histoire du comté de Dabo se fond alors dans celle de la France jusqu’à la Révolution de 1789.

LES DROITS FÉODAUX

Un titre de 1671 (5) précise ceci : « Dans le village de Dabo, ainsi que dans les villages forestiers de Walscheid, Elbersviller, dans toute la circonscription de la montagne ... le droit de vie et de mort est commun entre les deux seigneurs (6). Ils ont le pouvoir d’imposer les hautes amendes, qui doivent être partagées entr’eux ; ils exercent la justice criminelle et ne connaissent aucune juridiction supérieure, mais peuvent, au contraire, faire condamner à mort et exécuter les malfaiteurs, suivant les crimes qu’ils ont commis, soit par la corde, par le feu ou par le glaive, comme cela a déjà eu lieu quelquefois ... les seigneurs comtes ont en commun, en qualité de propriétaires du comté de Dabo, le droit de patronage, c’est-à-dire le droit de présenter et de recevoir un prêtre, de recevoir son serment et de le destituer en cas de mauvaise conduite ».

Outre ces droits de justice et de patronage, les comtes détenaient tous les autres droits traditionnels, hérités de la féodalité. Beaucoup n’étaient plus que symboliques, mais mal supportés par les paysans. Ces survivances féodales étaient fréquemment sources de conflits avec les seigneurs :

  • la dîme devait permettre d’entretenir le clergé, mais les seigneurs s’en étaient emparés depuis longtemps ;
  • les banalités, c’est-à-dire l’ensemble des droits qui concouraient à l’organisation de la vie économique du comté. Aucune activité ne pouvait s’installer sans l’autorisation (payante) du seigneur ;
  • les corvées étaient des travaux faits gratuitement par les paysans pour le compte du seigneur. Petit-à-petit, elles furent remplacées par des contributions en argent ;
  • le cens était le loyer payé par les paysans au seigneur pour les terres qu’ils cultivaient ;

Les sujets du comte de Dabo n’avaient pas le droit de s’installer hors du comté , ni de se marier avec un sujet d’un autre seigneur sans l’autorisation de leur seigneur. Ces contraintes rappelaient le servage de sinistre mémoire.

En plus des droits d’usage forestiers, les sujets des comtes de Dabo avaient des droits de vaine pâture, c’est-à-dire le droit de laisser paître leurs troupeaux sur les terres récoltées, notamment sur les jachères : grâce à ce droit, les paysans sans terre pouvaient avoir un petit élevage familial.

Le droit de grasse pâture permettait de faire paître les troupeaux pendant tout l’été sur des terres pouvant être récoltées. Dans le comté de Dabo, ce droit portait surtout sur les forêts. L’acte de concession des droits forestiers du 27 Juin 1613 précisait dans son article 5 que les habitants du comté avaient droit gratuitement à la vaine et à la grasse pâture pour tous les bestiaux, partout où la forêt était déclarée “défensable”(7).

Or, en 1782, l’intendant du Prince de Linange, passant outre au règlement forestier de 1613, loua la grasse pâture à Antoine Messang, de Birckenwald (8). Les habitants d’Abreschviller déléguèrent quatre représentants, Dominique Faltot, Jean-François Abba, Nicolas et Georges Bournique, pour porter l’affaire devant le Conseil Souverain d’Alsace à Colmar.

Grasse pature1

Devant la Cour, ils firent remarquer que, parce que les forêts du comte étaient immenses, ils avaient accepté que soit affermée une partie de la grasse pâture à condition de ne pas être gênés « à faire pâturer leurs bestiaux dans les cantons affermés concouremment avec les fermiers ».

Mais les comtes firent de nombreuses coupes de bois. « Ces coupes se sont tellement multipliées que les requérants sont indispensablement, en vertu de leurs droits d’usage, obligés de faire pâturer leurs bestiaux dans toutes les parties des forêts qui ne sont pas mises en défense » (9).

Ils demandaient donc au comte de ne plus affermer la grasse pâture et déclaraient se pourvoir « contre les baux passés au profit d’Antoine Messang et d’autres particuliers ».

Le 18 Décembre 1783, les avocats du Conseil Souverain d’Alsace examinèrent les pièces concernant diverses contestations qui s’étaient élevées entre « les communautés de Hommert, Abreschviller et Voyer contre leur seigneur au sujet des corvées exigées par ce dernier ».

Depuis 1774, de nombreux particuliers refusaient de payer les corvées. Or, l’arrêt du 27 Février 1782 (8) condamna les communautés à payer les arrérages des corvées, les uns depuis 1781, et les autres depuis 1774. Mais, le receveur du comté de Dabo réclama des arrérages depuis 1769 inclusivement. Les demandeurs se sentirent donc en droit de contester ces exigences. Les habitants d’Abreschviller contestaient également la façon dont avaient été réparties les corvées en argent et le montant exigé.

Voilà donc deux procès engagés simultanément, dans lesquels apparaissaient les mêmes personnes : Dominique Faltot et Joseph Bournique, avec à leurs côtés d’autres habitants d’Abreschviller : Joseph Ristroff et Michel Krebs (dont les meubles furent saisis).

Le « Procès de la grasse pâture » ne tourna pas à l’avantage des habitants d’Abreschviller.

Le 11 Juin 1787, ils furent condamnés à verser 326 £ 11 sous et 8 deniers (10) à Antoine Messang, fermier de la grasse pâture du comté de Dabo, et le 13 Juin 1787, à verser 1096 £ 7 sous et 4 deniers à Charles-Frédéric-Guillaume, Prince de Linange et Comte de Dabo.

Grasse pature

Grasse pature
Le 8 Août 1787, un huissier se rendit à Abreschviller pour faire payer les amendes, mais les condamnés, soutenus par le maire Jean Restignat et d’autres habitants (Jacques Limon, Nicolas Jordy, Dominique Limon, Pierre Bournique, Pierre Ristrophe, Jacques Faltot, Jean Labadie, Jacques Limon le père, et Nicolas Laval ) refusèrent de payer et menacèrent l’huissier.

Le procès s’enlisa. Le 31 Mars 1787, le jugement fut confirmé. Un mémoire du 11 Juillet 1789 proposa de répartir les frais sur l’ensemble des habitants d’Abreschviller. Mais, les évênements s’embalaient à Paris et dans toute la France, et on en resta là. Le 2 Juin 1792, Joseph Bournique réclama le remboursement de ses frais de voyages à Colmar et des avances qu’il avait faites. Nous ne savons s’il l’obtint.

Nous sommes au début de la Révolution. Un certain esprit contestataire se manifestait déjà à Abreschviller.

Fut-ce la première fois ?

Ce ne fut, en tout cas, pas la dernière fois.

  • (1) Dabo est la forme lorraine romane du nom Dagsbourg. Cette prononciation fautive d’un nom germanque est à rapprocher de la prononciation « Salbo » pour « Sarrebourg » en patois roman lorrain.
  • (2) H. Lepage doute de l’existence de ce château. cf. « Les communes de la Meurthe »-Tome 1-Page 270-colonne 2.
  • (3) Apremont était une seigneurie située dans la Meuse, à proximité de Saint-Mihiel, qui échut par mariage aux Linange.
  • (4) Dominique Henriot-Walzer a publié la traduction du poème de Jacques Bretel (ou Bretex) : « Le Tournoi de Chauvency » aux Editions de la Joyeuserie-Dampicourt-Belgique-1997.
  • (5) Cité par Lepage : « Les Communes... » Tome 1- Page 5.
  • (6) En 1613, les deux frères Jean-Louis et Philippe-Georges de Linange se partagèrent le comté et leurs descendants, les comtes de Linange-Hartenbourg et Linange-Falkenbourg conservèrent, en théorie, les mêmes droits sur le comté de Dabo.
  • (7) « défensable » : Terme forestier désignant une forêt capable de « se défendre de la dent et du pied des bestiaux » et dont les taillis sont assez âgés pour que les droits usagers puissent s’exercer sans dommage pour la forêt.
  • (8) Procès de la grasse pâture et des corvées dans des archives familiales.
  • (9) C’est-à-dire qui ne sont pas « défensables ».
  • (10) Avant la Révolution, le système décimal n’existait pas dans les monnaies. La livre était divisée en 20 sous et le sou en 12 deniers, ce qui portait la livre à 240 deniers ! Ce système compliqué resta en vigueur dans le Royaume Uni jusqu’au 15 Février 1971.

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